Laissez-faire

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Laissez-faire a été pour la première fois employé par les physiocrates demandant la libre circulation des grains entre les provinces et l'abolition des corvées. Il est devenu, dans la première moitié du XIXe siècle, synonyme de marché libre en économie.

Table of contents

Un principe politique pour une politique économique

La politique du laissez-faire représente la mise en oeuvre dans l'économie de principes déduits de la théorie économique par l'intermédiaire de la philosophie morale.

La non agression

Comme toute politique, le laissez-faire n'implique pas une absence de normes mais au contraire une règle prĂ©cise, Ă©ventuellement dĂ©fendue par la force, que l'on cherche Ă  appliquer dans tous les domaines : le respect de la propriĂ©tĂ© lĂ©gitime, Ă  son tour dĂ©finie de la seule manière cohĂ©rente possible comme "les possessions qu'on n'a pas volĂ©es, c'est-Ă -dire prises Ă  un autre sans son consentement". Le laissez-faire est donc proche du "capitalisme" dĂ©fini par Marx (comme "le rĂ©gime de la propriĂ©tĂ© privĂ©e"). Et comme la violation d'une propriĂ©tĂ© lĂ©gitime est la dĂ©finition mĂŞme de l'agression, le respect de cette propriĂ©tĂ© lĂ©gitime est Ă©quivalent au principe de non-agression. Il n'est donc qu'une mise en oeuvre universelle de la morale sociale quotidienne, celle que la plupart des gens reconaissent et respectent quand ils ne se rĂŞvent pas en hommes de l'Etat.

Laissez-faire et libéralisme

La plupart des gens qui passent pour libĂ©raux ou se disent tels ne sont pas laissez-fairistes. Dans une sociĂ©tĂ© qui bascule dans le socialisme rĂ©el, oĂą l'on arrive Ă  faire passer pour "ultra-libĂ©ral" quiconque s'inquiète seulement de freiner cette Ă©volution, on peut toujours trouver moins libĂ©ral que soi, et la science politique prendra sĂ»rement au mot ces dĂ©finitions relatives voire contradictoires : les courants d'opinion sont plus intuitifs que raisonnĂ©s, les partis rassemblent des courants disparates, et la politique est l'art du possible, dans un cadre institutionnel contraignant.

Ceux qui admettent que le libéralisme, comme toute norme politique, est une définition de l'acte juste, n'en seront pas moins fondés à juger de l'authenticité de ce "libéralisme", à l'aune d'un critère objectif, de raisonnements qui prétendent l'établir ou de déductions que l'on peut en tirer. Or, il n'y a pas de définition non contradictoire du principe libéral qui ne soit pas équivalente au principe de non agression, principe dont l'application universelle aboutirait à la politique de "laissez-faire".

Sont donc laissez-fairistes tous les libéraux conséquents, se divisant essentiellement en anarcho-capitalistes qui pensent qu'on peut se passer complètement d'un Etat pour faire respecter la propriété légitime, et en minarchistes qui jugent nécessaire, ou en tous cas inévitable, quelque forme d'organisation territoriale exclusive pour la défense des Droits, en particulier contre les envahisseurs étrangers.

Ceux qui rejettent le laissez-faire

ReprĂ©sente au contraire le rejet du principe laissez-fairiste l'interventionnisme d'Etat, qui "reconnaĂ®t" aux hommes de l'Etat le "droit" de pratiquer ce qu'ils interdisent aux autres, c'est-Ă -dire de s'emparer des biens voire de la personne d'autrui contre son consentement : alors les hommes de l'Etat, au lieu de se contenter de neutraliser et de punir les voleurs et les assassins, se conduisent comme eux, violant pour divers motifs la propriĂ©tĂ© voire l'intĂ©gritĂ© physique de parfaits innocents. Suivant l'ampleur de ses interventions, l'interventionnisme s'appellera Ă©tatisme, dirigisme, fascisme, socialisme, nazisme ou communisme. L'interventionnisme d'Etat a par exemple imposĂ© :

  • Les monopoles : barrières douanières, rĂ©glementations, politiques "de concurrence" et salaires minimum
  • Les impĂ´ts et taxes diverses
  • Les diverses subventions et privilèges exclusifs aux lobbies et autres groupes de pression, dont les syndicats
  • Les "services publics" et autres entreprises nationalisĂ©es
  • L'entretien du chĂ´mage et des faux emplois
  • L'institution d'une hiĂ©rarchie des races et des religions (Nazisme racial)
  • La persĂ©cution contre les capitalistes et la diffamation organisĂ©e de leurs dĂ©fenseurs (Nazisme, plus meurtrier que le Nazisme racial)

Les laissez-fairistes tiennent ces politiques pour des systèmes d'agression criminelle et, de ce fait, destructrice et stupide - ce pourquoi ils les appellent esclavagistes-absurdistes.

Le raisonnement laissez-fairiste

Dans l'ordre de la création

Le laissez-fairisme tient que toute violence est destructrice, définissant comme une violence le fait de disposer du bien et de la personne d'autres êtres malgré eux. Dans ces conditions, la violence ne peut servir la création que si elle s'oppose à une autre violence qui détruirait ou empêcherait cette création. L'Etat agissant par définition par la violence, les hommes de l'Etat qui neutralisent les voleurs et les assassins servent la création, ceux qui prennent aux uns, forcément pour donner à d'autres, pratiquent la destruction.

Dans l'ordre de la connaissance

Le laissez-fairisme tire les conséquences du fait qu'une personne a intérêt à s'informer à la hauteur de l'enjeu que représente pour elle l'information en question. Il en déduit que la responsabilité est une condition nécessaire et suffisante de la régulation des choix.

L'irresponsabilité institutionnelle détruit l'information

Or, l'interventionnisme, en permettant Ă  certains d'imposer aux autres de subir Ă  leur place les consĂ©quences de leurs choix - c'est-Ă -dire en instituant l'irresponsabilitĂ© - fait en sorte que ni les dĂ©cideurs ni ceux qui subissent les dĂ©cisions n'ont plus intĂ©rĂŞt Ă  s'informer de leurs consĂ©quences Ă  la hauteur de l'enjeu qui est en cause : cette irresponsabilitĂ© institutionnelle inhĂ©rente Ă  l'interventionnisme d'Etat engendre l'incompĂ©tence et l'aveuglement chez ses agents aussi bien que chez ses victimes.

Le laissez-fairisme appelle donc Ă  une restauration de la rĂ©gulation sociale par la responsabilitĂ©, en abolissant l'intervention, par dĂ©finition irresponsable, des hommes de l'Etat : il ne faut pas laisser les gens faire n'importe quoi.

L'économiste n'est pas dupe de l'illusion fiscale

L'intervention de l'Etat, en séparant le décideur des conséquences de ses décisions, engendre une illusion systématique quant à leurs effets, illusion systématique que les théoriciens des choix publics ont appelée illusion fiscale ou illusion politique et qui protège largement l'interventionnisme d'une appréhension correcte de ses effets destructeurs, ainsi que du caractère illusoire des avantages qu'on croit en tirer.

C'est le métier de l'économiste que de n'être pas dupe de cette illusion, et de décrire malgré elle les effets réels des politiques et des institutions, leurs redistributions effectives, l'impossibilité d'en profiter et leurs inéluctables destructions, par opposition aux effets que leur prête, à tort, le profane.

La théorie économique du laissez-faire

La théorie économique du laissez-faire tient que tous les avantages que l'on prête à l'interventionnisme d'Etat sont illusoires, que celui-ci ne profite réellement à personne et nuit au contraire à tout le monde, et prétend l'avoir démontré.

Les "défaillances du marché" sont des sophismes cachés derrière des formulations mathématiques

Le discours interventionniste dominant, qui invoque l'"optimum de Pareto" Ă  l'encontre du laissez-faire, mĂ©connaĂ®t les raisons pour lequelles ce critère est nĂ©cessaire et applicable : Ă  savoir qu'un jugement de valeur est un acte de la pensĂ©e, de sorte qu'il ne se prĂŞte Ă  aucune mesure ni comparaison entre les personnes, et qu'on ne peut le connaĂ®tre qu'en le dĂ©duisant des actes volontairement accomplis que l'on peut observer. Il s'ensuit que toute personne agissant librement maximise son utilitĂ©, et qu'un rĂ©gime politique oĂą chacun est libre de disposer de ses biens maximise l'utilitĂ© sociale.

Les gloses sur l'utilitĂ© des gens qui n'agissent pas, notamment sur les "effets externes" qui ne sont pas en fait des violations observables du Droit, n'ont rien que d'arbitraire, dans la mesure oĂą on ne peut jamais rien constater de ce dont elles parlent : ce n'est pas un hasard si la fameuse Ritournelle, le Quatrain des externalitĂ©s, biens publics, monopoles naturels et rendements croissants ne fournit aucune norme objective pour dire quand les hommes de l'Etat devraient intervenir ni surtout s'arrĂŞter - et c'est bien pour ça qu'on s'en sert : le seul critère objectif de la production Ă©tant l'action volontaire dans un cadre de Droit, les ersatz mathĂ©matico-statistiques qu'on voudrait faire passer Ă  sa place font penser Ă  un congrès de mathĂ©maticiens qui se rĂ©unirait pour savoir combien font 2 + 2, Ă©tant donnĂ© que tout le monde a interdiction formelle de mentionner le nombre "4". D'ailleurs, l'empirisme le plus radical opposĂ© Ă  la preuve logique ne conduit-il pas Ă  affirmer que "les règles de l'arithmĂ©tique n'appartiennent pas Ă  la science parce qu'elles sont irrĂ©futables" ?

Quant Ă  l'intervention de l'Etat, si elle fait des bĂ©nĂ©ficiaires - on va voir dans quelles limites - elle fait aussi nĂ©cessairement des victimes, et on ne peut pas comparer les variations d'utilitĂ© des uns et des autres - c'est justement pour en tenir compte qu'existe le critère de Pareto : il est donc en toutes circonstances contradictoire d'invoquer l'optimum de Pareto Ă  l'appui d'une quelconque intervention de l'Etat.

Le détour par la théorie de l'"équilibre général", surtout décrite en termes mathématiques, n'a donc pour effet que d'habituer ses adeptes à traiter les jugements de valeur comme s'ils étaient ce qu'ils ne sont pas - des choses, mesurables, et donc

  • Ă  perdre de vue les raisons pour lesquelles on a acceptĂ© le critère de Pareto,
  • Ă  traiter le Droit de propriĂ©tĂ© Ă  la fois comme s'il existait - il le faut bien pour spĂ©cifier les modèles - et comme s'il n'existait pas - en prĂ©tendant justifier des politiques qui le mĂ©connaissent.

Une consĂ©quence de ce traitement de la propriĂ©tĂ© digne d'Alice au pays des merveilles est que, comme on va le voir, ces modèles prĂ©tendument "gĂ©nĂ©raux" sont systĂ©matiquement incomplets : s'ils l'Ă©taient rĂ©ellement, gĂ©nĂ©raux, et intĂ©graient enfin la redistribution politique dans leurs analyses d'Ă©quilibre "gĂ©nĂ©ral", ils devraient conclure que celle-ci est automatiquement et totalement destructrice de tout ce dont elle s'empare.

La redistribution politique est aléatoire

La thĂ©orie Ă©conomique gĂ©nĂ©rale dĂ©montre que la redistribution politique rĂ©elle va gĂ©nĂ©ralement dans un sens totalement diffĂ©rent de ce que prĂ©tend le discours public : les lois de l'incidence rĂ©elle et de la protection effective montrent au contraire que les vĂ©ritables victimes des impositions sont ceux qui dĂ©pendent le plus de l'activitĂ© taxĂ©e, et que les vĂ©ritables rĂ©cipiendaires de la redistribution sont ceux qui possèdent le facteur de production le plus spĂ©cifique Ă  l'activitĂ© subventionnĂ©e : c'est pourquoi les prĂ©tendues "cotisations sociales patronales" sont en rĂ©alitĂ© payĂ©e par les salariĂ©s, et les subventions Ă  l'agriculture se retrouvent dans la poche des propriĂ©taires fonciers et jamais dans celle des travailleurs agricoles.

Cette mĂŞme thĂ©orie Ă©conomique gĂ©nĂ©rale dĂ©montre aussi - c'est mĂŞme le point de dĂ©part de la thĂ©orie financière - que toute occasion de profit est immĂ©diatement exploitĂ©e jusqu'Ă  sa disparition : il s'ensuit qu'il ne peut jamais y avoir de profit certain. Elle en dĂ©duit que, toutes choses Ă©gales par ailleurs, la redistribution politique n'appauvrit ou enrichit les possesseurs de la chose taxĂ©e ou subventionnĂ©e que s'ils la dĂ©tenaient au moment oĂą celle-ci est devenue certaine. Ceux qui viennent longtemps après n'en profitent pas ni n'en souffrent, la chose Ă©tant Ă  terme compensĂ©e par des variations de prix.

Les avantages et les charge réels de la redistribution politique sont donc aléatoires - ils dépendent des rapports de forces politiques comme des conditions du marché.

La Loi de la destruction totale

Cependant, la théorie économique doit aussi reconnaître que pour obtenir la redistribution en question, de même que pour tenter de l'empêcher, on aura aussi dû faire des efforts et consentir des dépenses. Et c'est de ce fait-là que la théorie économique du laissez-faire entend, pour sa part, déduire que l'intervention de l'Etat détruit toute la production dont elle s'empare, soit au moment où elle s'empare du bien produit en rompant le lien entre la propriété usurpée et le projet que celle-ci devait servir, soit au cours des efforts faits par les puissants pour s'emparer de ce butin.

En appliquant à la redistribution politique le raisonnement général sur l' équilibre, fondé sur le fait qu'il n'y a jamais de profit certain, on démontre que pour recevoir les distributions de l'interventionnisme public, il faut en tendance consacrer à les obtenir des ressources équivalentes à ce qu'on en attend, dépense qui est entièrement perdue pour toute production réelle. Il s'ensuit que l'intervention de l'état détruit en tendance une richesse équivalente à toute richesse dont elle s'empare. En outre, elle le ferait automatiquement et certainement dans les conditions de "certitude" de l'"équilibre général", et ses adeptes s'en seraient rendus compte depuis longtemps s'ils n'omettaient pas depuis le début d'y intégrer la redistribution politique.

Le Cercle vicieux de l'interventionnisme

En outre, comme l'a dĂ©montrĂ© Ludwig von Mises, comme l'intervention de l'Etat crĂ©e un prĂ©cĂ©dent dans la destruction du Droit, n'atteint pratiquement jamais ses objectifs affichĂ©s, et cause des dĂ©gâts dont le mĂ©contentement se nourrit, elle engendre des pressions pour des interventions ultĂ©rieures aussi longtemps que subsiste l'illusion quant Ă  ses effets rĂ©els : c'est le Cercle vicieux de l'interventionnisme dĂ©crit par Mises ou Loi des CalamitĂ©s selon la formule de Michel de Poncins, qui doit conduire Ă  terme Ă  l'abolition de tout Droit (le "socialisme rĂ©el") et Ă  la destruction de toute richesse si on continue Ă  ne pas tenir compte de ses vĂ©ritables consĂ©quences.

Le Multiplicateur des Calamités

Il s'ensuit que, même si une intervention particulière de l'Etat ne détruit la richesse dont elle s'empare que dans un rapport de 1 à 1, on doit aussi tenir compte des destructions à venir, causées par les interventions futures que la première aura engendrées. On appellera Multiplicateur des Calamités le rapport, supérieur à 1, entre les richesses dont s'empare une intervention particulière des hommes de l'Etat, et celles que cette intervention spécifique aura finalement détruites, compte tenu des interventions supplémentaires qu'elle aura par la suite inspirées.

Le laissez-fairiste tient pour criminelle l'intervention de l'Etat dans l'économie

Enfin, dans l'ordre de la morale, conformément aux règles du droit naturel, le laissez-fairiste tient que personne n'a le Droit de voler personne, en qu'en conséquence quiconque dispose du bien d'autrui sans son consentement est un criminel - ce que font, et ce que sont, les hommes de l'Etat qui se livrent à l'interventionnisme "économique". C'est généralement au terme de l'analyse qu'il conclut que cet interventionnisme est criminel, après avoir successivement constaté qu'il n'a pas, puis qu'il ne peut pas avoir les effets qu'on en attend, qu'il ne peut rien produire, puis qu'il est intrinsèquement destructeur.

Histoire

C’est, dit-on, un marchand, François Legendre (ou Le Gendre), qui, le premier, Ă  Colbert qui lui demandait comment le gouvernement du roi pouvait aider le commerce, aurait rĂ©pondu : " Laissez-nous faire". Que l'expression "laissez-faire" soit passĂ©e du français en anglais montre que le laissez-faire est une tradition intellectuelle française, Ă  la diffĂ©rence du libĂ©ralisme anglo-saxon et notamment britannique, qui s'appuyait sur les dĂ©monstrations factuelles d'Adam Smith et de Ricardo pour dĂ©montrer que les monopoles, notamment protectionnistes, dĂ©truisent la production sans profiter rĂ©ellement Ă  leurs bĂ©nĂ©ficiaires prĂ©tendus. Le laissez-faire Ă©rigĂ© en principe heurtant les intĂ©rĂŞts Ă  court terme de puissants exploiteurs, la dĂ©monstration anglo-saxonne a eu plus de succès, aidĂ©e par une tradition politique plus favorable au commerce, avec pour inconvĂ©nient une certaine tendance Ă  rationaliser les compromis, accentuĂ©e par les assauts contre la preuve philosophique menĂ©s au XIX° siècle Ă  la suite de Kant et de Hume.

La conséquence en est que nombre d'auteurs passant pour "libéraux" se sont mis, dès la fin du XIX° siècle, à déterrer les vieux sophismes de l'interventionnisme et à en inventer de nouveaux, notamment au départ pour rationaliser a posteriori les politiques dites "de concurrence" imposées à partir de 1890, dont il faudra attendre Murray Rothbard pour démontrer en 1962 qu'elle sont contradictoires, tant en théorie économique qu'en philosophie politique.

L'idéologie du laissez-faire a été dominante de la fin du XIXe siècle jusqu'au début du XXe, dans les pays riches d'Europe et d'Amérique du Nord. Elle a été progressivement mise en cause par des hommes politiques contraints d'avoir l'air de "faire quelque chose" pour des clientèles électorales, et discréditée par l'interprétation qu'ils ont donnée au Krach de 1929 et à la Grande Dépression comme attribuables à la liberté d'entreprendre, et non aux décisions irresponsables et aveugles des banquiers centraux et autres hommes de l'Etat.

Or, les Ă©conomies qui ont subi la Grande DĂ©pression n'Ă©taient pas gouvernĂ©es par le laissez-faire. Dès avant la Première Guerre mondiale, et a fortiori pendant sa durĂ©e, les Etats lui avaient dĂ©jĂ  portĂ© des atteintes majeures, en multipliant des monopoles, impositions et interdictions d'Ă©changer : politiques d'inflation, attribution aux syndicalistes de privilèges exorbitants du droit commun, subventions au chĂ´mage, notamment en Grande-Bretagne, salaires minimum et mĂŞme persĂ©cution des "riches" avec l'impĂ´t progressif sur le revenu.

Depuis la guerre froide

Les réglementations étatiques n'ont cessé de croître depuis, la "démocratie" majoritaire, ou soi-disant telle, remplaçant progressivement l'état de Droit. Ce qui a changé, c'est que les rationalisations de l'interventionnisme ont toutes été démontrées absurdes dès le début des années 1960, grâce à la remise en oeuvre de la preuve philosophique, tant en économie, avec l'école autrichienne et qu'en philosophe politique, avec les libertariens, tandis que l'Ecole de Chicago fournissait, comme autant de "preuves", les illustrations empiriques des destructions nécessairement causées par l'interventionnisme d'état. Les ouvrages de Ayn Rand - notamment son roman Atlas Shrugged, ont joué, pour ouvrir les yeux sur les ravages et l'immoralité de l'interventionnisme d'état, le même rôle que L'Archipel du Goulag pour l'inhumanité du socialisme réel.

Le socialisme Ă©tant une disqualification de la justice naturelle au nom de la mĂ©thode expĂ©rimentale invoquĂ©e comme uniquement et universellement valide - contre la philosophie morale et notamment politique, toute rĂ©habilitation de la preuve philosophique en sciences sociales s'expose naturellement de sa part Ă  la qualification d'"idĂ©ologie". Les premiers "idĂ©ologues" Ă©tant les Ă©conomistes libĂ©raux du dĂ©but du XIX siècle, Say, Cabanis, Destutt de Tracy, et appelĂ©s tels par l'analphabète Ă©conomique NapolĂ©on Bonaparte, les laissez-fairistes contemporains peuvent assumer cette qualification : Ă©tant donnĂ© que les questions normatives relèvent de la seule preuve philosophique, il est plus honnĂŞte d'en accepter les consĂ©quences, et d'apprendre Ă  pratiquer les disciplines intellectuelles adĂ©quates, plutĂ´t que d'invoquer la science expĂ©rimentale en faisant semblant d'avoir oubliĂ© que celle-ci ne peut rien prouver en la matière.

Hong Kong a Ă©tĂ© le premier État Ă  mettre en place (depuis au moins le dĂ©but des annĂ©es 60) Ă  cette Ă©poque une politique Ă©conomique inspirĂ©e par le laissez-faire. D'autres gouvernements, occidentaux, s'en sont aussi inspirĂ©s, mais pas dans la mĂŞme mesure : pendant les annĂ©es 1980, le gouvernement de Margaret Thatcher au Royaume-Uni a tentĂ© de rĂ©duire l'emprise des monopoles, notamment syndicaux, et de privatiser les dĂ©cisions. Le prĂ©sident des États-Unis Ronald Reagan invoquait les principes laissez-fairistes pour freiner l'accroissement des dĂ©penses publiques et mettre en cause certains monopoles. Le Ministre des finances Roger Douglas en Nouvelle ZĂ©lande et le gĂ©nĂ©ral Augusto Pinochet au Chili s'en sont Ă©galement inspirĂ©s, avec un Ă©gal succès.

Le passage de Reagan et Thatcher au pouvoir a freiné le développement de l'interventionnisme d'état, et l'a fait reculer sur certains points, mais celui-ci continue à se développer.

Citations

DĂ©finition du laissez-faire :

Dans l'économie de marché, type d'organisation sociale axé sur le laissez-faire, il y a un domaine à l'intérieur duquel l'individu est libre de choisir entre diverses façons d'agir, sans être entravé par la menace d'être puni. Si toutefois le pouvoir fait plus que de protéger les gens contre les empiétements violents ou frauduleux de la part d'individus asociaux, il réduit le domaine où l'individu a liberté d'agir, au-delà du degré où il est limité par les lois praxéologiques. Ainsi nous pouvons définir la liberté comme l'état de choses où la faculté de choisir de l'individu n'est pas bornée par la violence du pouvoir, au-delà des frontières dans lesquelles la loi praxéologique l'enferme de toute façon. (Ludwig von Mises, L'Action humaine)

Le laissez-faire et l'esclavage :

l'abolition de l'esclavage et du servage ne pouvait être effectuée par le libre jeu du système de marché, parce que les institutions politiques avaient soustrait les domaines nobiliaires et les plantations à la souveraineté du marché. L'esclavage et le servage furent abolis par une action politique, dictée par l'esprit de l'idéologie — si décriée — du laissez-faire, laissez-passer. (Ludwig von Mises, L'Action humaine)

Le laissez-faire et le progrès :

les Ă©conomistes... rĂ©futèrent la croyance superstitieuse selon laquelle les procĂ©dĂ©s permettant d'Ă©conomiser le travail provoqueraient le chĂ´mage et rĂ©duiraient tout le monde Ă  la pauvretĂ© et au dĂ©pĂ©rissement. Les Ă©conomistes du laissez-faire ont Ă©tĂ© les pionniers des progrès techniques sans prĂ©cĂ©dent au cours des deux siècles qui viennent de s'Ă©couler... L'idĂ©ologie du laissez-faire et sa consĂ©quence, la « rĂ©volution industrielle Â», firent sauter les barrières idĂ©ologiques et institutionnelles qui bloquaient le progrès vers le bien-ĂŞtre. Elles dĂ©molirent un ordre social oĂą un nombre toujours croissant de personnes Ă©taient condamnĂ©s Ă  une dĂ©tresse abjecte et sans issue. (Ludwig von Mises, L'Action humaine)

Le laissez-faire, le libre échange et la paix

Ces libéraux britanniques et leurs amis du Continent eurent assez de pénétration pour comprendre que ce qui peut sauvegarder une paix durable, ce n'est pas seulement le gouvernement du peuple par lui-même, mais le gouvernement du peuple dans le laissez-faire complet. A leurs yeux, le libre-échange, à la fois dans les affaires intérieures et dans les relations internationales, était la condition préalable nécessaire à la préservation de la paix... tandis que le laissez-faire élimine les causes de conflit international, l'ingérence des hommes de l'Etat dans l'économie et le socialisme engendrent des conflits auxquels on ne peut trouver aucune solution pacifique.(Ludwig von Mises, L'Action humaine)

L'ingénieur mathématicien Maurice Allais doit à son ignorance de la philosophie de ne pas comprendre le laissez-faire

« Comment la nouvelle doctrine du libre Ă©changisme mondialiste a-t-elle pu s'imposer alors qu'en rĂ©alitĂ© elle n'a entraĂ®nĂ© que dĂ©sordres et misères dans le monde entier ? Il y a sans doute Ă  cela trois raisons essentielles : un enseignement erronĂ© dans toutes les universitĂ©s du monde, une funeste confusion entre libĂ©ralisme et laissez-fairisme, la domination des multinationales amĂ©ricaines» [1] (http://allais.maurice.free.fr/Consti9.htm)

Sur la prétendue opposition entre le libéralisme et le laissez-faire

Alors que le capitalisme pur, le capitalisme de laissez-faire n’a jamais existé nulle part, alors qu’on avait laissé certaines interventions (inutiles) des hommes de l’Etat diluer et saper le système américain originel — bien plus par erreur que par intention théoriquement motivée, ces interventions-là étaient des entraves mineures, et les “économies mixtes” du dix-neuvième siècle étaient essentiellement libres, et c’est cette liberté jamais vue qui a amené un progrès sans précédent pour l’humanité.
Les principes, la thĂ©orie, et la pratique effective du capitalisme reposent sur un marchĂ© libre c’est-Ă -dire non rĂ©glementĂ©, comme l’histoire des deux derniers siècles l’a amplement dĂ©montrĂ©. Aucun dĂ©fenseur du capitalisme ne peut se permettre de mĂ©connaĂ®tre le sens exact des termes de “laissez-faire” et d’“économie mixte”, qui indiquent clairement les deux Ă©lĂ©ments opposĂ©s qui sont en cause dans cette mixture : l’élĂ©ment de libertĂ© Ă©conomique, qui est le capitalisme, et celui de l’intervention des hommes de l’Etat, qui est l’étatisme.
Une campagne insistante se poursuit depuis des années pour nous faire accepter l’idée suivant laquelle tous les Etats seraient les instruments des intérêts économiques de classe, le capitalisme n’étant pas une économie libre, mais un système d’ingérences étatiques au service de quelque classe privilégiée. Le but de cette campagne est de falsifier l’économie politique et de réécrire l’histoire pour oblitérer l’existence et la possibilité d’un pays libre et d’une économie sans intervention de l’Etat. Comme un système de propriété privée nominale gouverné par les interventions de l’Etat n’est pas du capitalisme mais du fascisme, le seul choix que cette oblitération nous laisserait est le choix entre le fascisme et le socialisme (ou le communisme) — ce que tous les étatistes du monde, de toutes les variétés, degrés et dénominations s'efforcent frénétiquement de nous faire avaler -détruire la liberté est leur objectif commun, après quoi ils comptent se battre entre eux pour le pouvoir. (Ayn Rand, "The New Fascism: rule by consensus")
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