Externalité

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En théorie économique la notion d'externalité est censée décrire la mesure où l’usage qu’un individu fait de sa propriété pourrait affecter la satisfaction d’un autre.

Dans ce cas, prétend la théorie correspondante, le marché libre ne réaliserait pas « l’optimum économique » parce qu’il n’en tiendrait pas compte. L’intervention de l’état —c’est-à-dire la violation de certains Droits de propriété— pourrait alors « augmenter l’utilité sociale », c’est-à-dire accroître la production, dans la mesure où elle pourrait en tenir compte.

La théorie des prétendues « externalités » est entièrement fausse, n’étant qu’un tissu d’affirmations arbitraires et contradictoires. De ce fait, les externalités n’existent pas et ne peuvent pas exister.

Prétendument issue de la théorie économique dite de l’« équilibre général » —ce qui en fait encore une tarte à la crème de l’école dite « néo-classique », cette rationalisation sophistique de l’étatisme est en fait absolument incompatible avec elle puisqu’elle contredit ses postulats de départ, et que ses prescriptions violent directement son critère affiché de l’« optimum » (celui de Pareto).

La vérité est que le marché libre est au contraire le seul à pouvoir prendre en compte les phénomènes que cette théorie prétend soi-disant « décrire », d’une manière qui soit conforme à un optimum définissable.

L’origine de l’ arbitraire

Pour emprunter au vocabulaire des sciences de la nature, on pourrait dire que l’illusion des « externalités » est un artefact : pour les biologistes, l’artefact est un phénomène qu’a fait apparaître la méthode de recherche, mais dont on sait qu’il ne doit rien à la réalité de l’objet étudié.

En l’espèce, l’économie mathématique habitue ses adeptes à manipuler des représentations symboliques de l’« utilité » des gens —les prétendues « courbes d’indifférence » et autres « fonctions d’utilité ». C’est ce qui explique, même si cela ne le justifie en aucune manière, leurs discours arbitraires sur les prétendues variations d’utilité de gens qu’on ne verrait pas agir, et dont ces prétendues « externalités » sont un avatar.

L’action, et l’action seule, révèle les préférences

Le fait n’en demeure pas moins, obstinément, que l’ « utilité » en question dépend exclusivement des idées que les gens ont dans la tête, de sorte qu’on ne peut absolument rien en savoir à moins que les gens n’ agissent pour l’accroître : c’est l’ action, et elle seule, qui révèle ces préférences. En l’absence d’ action, révélatrice nécessaire et suffisante des jugements de valeur, tout discours sur l’« utilité » est arbitraire et donc anti-scientifique.

Une glose sur l’inconnaissable

Ce n’est qu’une glose sur l’inconnaissable, laquelle traduit les contradictions d’une démarche qui prétend appliquer dans les sciences morales les méthodes de la science expérimentale, et se retrouve à ne pas plus tenir compte des nécessités de l’expérience qu’elle ne tient compte du fait que ce qu’elle étudie consiste dans des conséquences de la pensée.

La théorie des « externalités » n’est qu’un aspect de cette glose sur l’inconnaissable, dont la manifestation pratique est qu’elle ne fournit absolument aucun critère objectif qui permettrait de constater que ces « externalités » existent, ni d’ observer quand elles cessent d’exister. Et ce seul fait suffit à l’exposer comme un charlatanisme dont la persistance s’explique malgré sa réfutation par Rothbard depuis près d’un demi-siècle, par les rationalisations automatiques et illimitées que, sous « les oripeaux de la science », il fournit à l’arbitraire politique.

L’invention d’un « écart à l’optimum » là où l’optimum règne par définition

C’est pourquoi il suffit, pour réfuter la prétendue notion d’« externalités », de faire remarquer qu’on ne peut absolument pas savoir en quoi l’utilisation que l’un fait de sa propriété affecte la satisfaction de l’autre à moins que que cet autre-là n’entreprenne des démarches pour la lui faire changer.

Alors, si l’un et l’autre se mettent d’accord, on aura eu affaire à un échange volontaire de part et d’autre, qui accroît bel et bien l’utilité sociale, puisqu’il aura, comme tout échange volontaire, accru la satisfaction de l’une et l’autre des personnes concernées . Et dans ce cas, on n’a aucun besoin d’une théorie particulière des « externalités » : on n’ y a affaire qu’à un échange des plus banal, où l’une des parties se sera entendue avec l’autre pour disposer de sa propriété, à des conditions acceptées d’un commun accord.

En revanche, si une telle démarche n’a pas lieu, ou si elle ne débouche pas sur un accord, on aura affaire à une situation tout aussi banale et encore plus fréquente, celle des échanges matériellement possibles qui ne se sont pas faits, parce qu’une au moins des parties envisageables ne les a pas trouvés à sa convenance. Ces échanges envisageables mais qui ne se sont pas faits sont en nombre potentiellement infini, et la théorie de l’équilibre général ne peut les traiter que comme des cas absolument normaux à l’optimum, faute de quoi elle ne pourrait jamais, en aucune manière, concevoir celui-ci sans d’immédiates et innombrables contradictions.

C’est par construction que la théorie de l’équilibre général exclut toute possibilité d’accroître l’utilité de quiconque en violant la propriété existant au départ ; c’est donc également par construction que cette théorie n’envisage qu’ une seule possibilité d’améliorer sa propre satisfaction en disposant de la propriété d’autrui : l’ offre d’échange.

Il suffit donc de mentionner cette démarche possible et même nécessaire, puisqu’elle est la seule manière pour quiconque de seulement faire connaître l’usage qu’il voudrait voir faire de leur propriété par les autres, d’évoquer la possibilité d’échanger que celle-ci implique, et de rappeler qu’il est absolument inévitable, et de ce fait normal, que la plupart des échanges imaginables ne se fassent pas, pour réfuter l’absurde théorie des prétendues « externalités ».

On ne peut pas raisonner en économie sans tenir compte du Droit

La notion d’« externalité » ne peut sembler plausible que dans la mesure où on n’envisage pas la question :

en termes de contrat, échange de titres de propriétés qui peut connaître toutes les formes imaginables et donc prendre en compte toutes les considérations de toutes les parties possibles à un échange, ni
en termes de responsabilité, obligation juridique qu’entraîne la propriété, qui procède de l’incertitude de chacun et qui permet d’identifier certaines prétendues « externalités négatives » comme étant au contraire de simples violations du Droit.

en d’autres termes, la fausse notion d’« externalité » ne peut apparaître que quand on méconnaît la plus élémentaire réalité du Droit de propriété .

Pourtant, la notion d’« intervention de l’état », essentielle et universellement reconnue en théorie économique, reconnaît implicitement son existence, à ce Droit de propriété —au Droit que viole cette intervention, et sans laquelle cette notion n’aurait absolument aucun sens, et pas davantage aucun raisonnement qui en ferait usage.

Le vol du concept de propriété

Ici, cependant, sous le prétexte qu’on n’a pas prétendu juger « la dotation initiale des facteurs » —comme si juger l’état final d’un modèle mécaniste, ce qu’on prétend faire sans arrêt, n’impliquait pas immanquablement de juger sa situation initiale— on se met à faire comme si les Droits de propriété n’existaient pas, alors que reconnaître leur existence est une condition logiquement nécessaire pour que ledit modèle ait un sens.

En effet, la théorie de l’équilibre général ne traite pas, et ne peut pas traiter, la contrainte de la propriété comme un obstacle à la réalisation d’un optimum quelconque : elle traite, et ne peut traiter cette contrainte que comme une condition logiquement nécessaire pour définir les problèmes de maximisation dont elle est constituée au départ, et dont l’« optimum » est la solution supposée.

Cette théorie ne peut que postuler que chacun voudrait bien pouvoir disposer de davantage de biens que ceux qui lui appartiennent —y compris éventuellement les biens d’autrui, faute de quoi il ne donnerait aucune valeur à ceux qu’il possède déjà ; de même, elle ne peut que postuler au départ que chacun est par définition contraint par ses possessions effectives, contrainte sans la prise en compte de laquelle la valeur serait indéterminée, les problèmes de maximisation seraient indéfinissables, et la théorie n’aurait nulle raison d’être.

En somme :

si la théorie économique admet le vol comme moyen de résoudre les problèmes de rareté, on n’a plus du tout de théorie économique et ce sera bien tombé parce que dans ces conditions on n’aurait plus aucune raison d’en avoir une.

On pourrait imaginer, après des décennies passées à traiter comme un « deus ex machina » les hommes d’un Etat qui vole désormais la moitié des fruits de son travail à chacun de ses sujets, des « modèles » plus réalistes de l’« équilibre général » qui introduiraient enfin la possibilité de mettre en cause des Droits de propriété : ils définiraient ceux-ci, non plus comme des variables « certaines » mais comme des variables aléatoires, comme des sortes d’« options » ; mais ce n’est toujours pas ce qu’ils font.

Il est vrai que cela compliquerait sérieusement la recherche de leur fameux « équilibre général ».

Il leur faudrait en outre aussi appliquer le raisonnement en termes d’équilibre final à l’ensemble des coûts qu’il faut nécessairement consentir pour s’emparer du butin des vols correspondants, ce qui conduirait à la démonstration de Bitur-Camember. Or, ce qu’établit celle-ci, c’est que l’ampleur de ces coûts-là a une tendance naturelle à rejoindre celle du butin en question ; avec pour conséquence que l’intervention de l’état finit toujours par détruire l’équivalent de la richesse dont elle s’est emparée.

La mise en cause du Droit de propriété par la théorie des « externalités » n’est donc pas déduite de la théorie de l’équilibre général, mais implique bien au contraire de rejeter celle-ci dans sa totalité ; elle procède d’un refus de tenir compte de l’une de ses conditions de départ, condition sans laquelle elle n’a aucun sens et même pas la moindre raison d’exister.

La théorie des « parties prenantes », exemple-type d’une conception contradictoire de la propriété

La pseudo-démocratie socialiste, produit-type d’une conception de la norme politique qui tient la cohérence logique pour l’ennemi principal, a inventé une notion qui exprime assez bien cette conception absurdiste de l’économie, où les Droits de propriété existeraient, tout en n’existant pas : c’est la notion de « partie prenante », traduite de l’anglais « stakeholder ».

La « partie prenante » est la personne qui voudrait bien disposer du bien d’autrui, mais qui n’envisage nullement de le faire en respectant son consentement ; elle fait connaître son désir et attend des puissants qu’ils l’imposent unilatéralement au propriétaire, sous des menaces non précisées.

C’est le « gouvernement par le consensus » que Ayn Rand appelait : « le nouveau fascisme » ce qui est assez bien vu, puisque le fascisme c’est justement le refus de reconnaître tout principe normatif, alors que la cohérence logique est le seul moyen de preuve en la matière. Bref, c’est l’indifférence à la vérité.

"Si le relativisme signifie le mépris des catégories fixées et des gens qui se proclament les porteurs d’une vérité objective, immortelle (...), alors il n’y a rien de plus relativiste que nos attitudes et notre activité.
Du seul fait que les idéologies sont d’égale valeur, que les idéologies ne sont que fictions, le relativiste moderne infère que chacun a le droit de créer pour lui-même sa propre idéologie et de chercher à la renforcer avec toute l’énergie dont il est capable. "
Benito Mussolini, 1924.

La théorie des « externalités » est un bon exemple de cette indifférence à la vérité.

L’« utilité sociale » ne peut se définir que sur un marché libre

Par ailleurs, pour prétendre que l’intervention de l’état serait capable d’accroître l’utilité sociale, il faudrait pouvoir comparer la satisfaction de ses bénéficiaires supposés à celles de ses victimes. Or, les jugements de valeur sont des actes de la pensée : ils ne se prêtent à aucune mesure, ni a fortiori à aucune addition ni comparaison.

Si on peut parler d’« utilité sociale » et dire que celle-ci augmente à l’occasion d’un échange, c’est parce que le caractère volontaire de celui-ci est une preuve suffisante du fait que la satisfaction de l’une comme de l’autre partie à l’échange a augmenté. Dans ce cas-là, aucune mesure, et aucune comparaison de leurs jugements de valeur n’est en cause. Si l’on peut alors parler d’« utilité sociale », c’est uniquement dans le sens de juxtaposition conceptuelle des utilités individuelles, laquelle n’exige implicitement ni de les mesurer ni de les comparer.

Le vol du concept d’« utilité sociale »

En revanche, dans le cas d’une atteinte à la propriété, on peut constater que le consentement d’une personne a été violé, de sorte que sa satisfaction à elle au moins a baissé. Dans ce cas, non seulement il serait totalement arbitraire de dire que l’« utilité sociale » aurait augmenté, mais prétendre qu’elle pourrait seulement le faire serait absurde, parce que dans ces conditions-là c’est la notion même d’« utilité sociale » qui n’a aucun sens. Pour qu’elle ait un sens, il faudrait qu’elle consiste en une sorte de somme algébrique des jugements de valeur, ce qui est inconcevable : elle n’ a donc aucun sens, ne peut pas en avoir, de sorte que tout énoncé qui en ferait usage dans ces conditions est nécessairement faux dans la réalité.

Ce que Rothbard résume en disant que

« l’intervention de l’état est en toutes circonstances contraire au critère de Pareto », et qu’
« aucune intervention des hommes de l’état ne peut jamais accroître l’utilité sociale »

alors que la Loi de Bitur-Camember, assise sur le plus banal des raisonnements à l’équilibre, démontre que celle-ci, en tendance, détruit l’équivalent de la richesse dont elle s’empare.

Bref,

si la théorie économique admet le vol comme moyen de résoudre les problèmes de rareté, ce n’est pas seulement dans ses prétendues descriptions qu’elle devient totalement contradictoire, mais aussi dans ses prétendues prescriptions .

Il n’y a pas de « défaillances du marché »

Cette réfutation des prétendues « externalités » s’applique également à toute notion de « défaillance du marché », le « marché » n’étant jamais qu’une forme de l’échange plus ou moins bien comprise par le théoricien, mathématicien ou non (Walras, Marshall, Wald, Debreu, etc.) ou le juriste (« aux affaires » ou non) : au moins dans le cadre des hypothèses de la théorie de l’« équilibre général », les défaillances du marché ne peuvent pas se définir sans contradiction.

Les prétendus « biens publics » ou « services collectifs »

Les prétendus « biens publics » ou, de manière moins sophistique, les prétendus « services collectifs » (car la notion d’« externalités », si elle avait un sens, ne concernerait que des services et non des biens) ne sont qu’un cas particulier de ces prétendues « externalités ». Par conséquent ils n’existent pas, et ne peuvent pas exister non plus. Jamais.

Les sophismes de l'antitrust

Murray Rothbard a complètement réfuté la notion de « monopole-sur-un-marché-libre », mais il suffit de rappeler que ce prétendu « écart à l’optimum » qu’on associe à cette notion ne viole en rien la propriété postulée au départ par les modèles, et que les politiques dites « de concurrence » (antitrust policies en anglais) sont autant de violations de cette propriété, pour conclure que :

ces notions-là contredisent aussi les postulats de départ, et les prescriptions qu’elles inspirent violent aussi le critère de l’optimum, des théories dont on prétend qu’elles seraient déduites.

De sorte qu’elles n’en sont pas non plus une déduction, mais elles aussi, bien au contraire, un rejet et une disqualification.

Comme Alan Greenspan le disait à leur propos, il n’y a que dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles que les choses peuvent apparemment exister et ne pas exister en même temps.

Voir aussi