Hans-Hermann Hoppe/Critique de sa position sur la guerre en Ukraine
Commentaire à la première personne, traduit par Quill à partir du texte russe reproduit sur Liberpedia. Source originale : publication sur VK. Le texte reproduit ne donne pas le nom de son auteur.
Que disent les principaux théoriciens libertariens de la guerre qui se déroule en Europe depuis presque trois mois ?
Pratiquement rien. Ils se taisent, comme si le monde civilisé avait des affaires plus importantes à régler.
Hoppe a mentionné l’Ukraine en passant dans un entretien du 4 avril. Mais il aurait mieux fait de s’en abstenir plutôt que de se déshonorer.
Hoppe a déclaré que les Ukrainiens n’avaient « aucune chance de gagner la guerre » contre l’armée russe, supérieure en force, et qu’ils feraient donc mieux de « se rendre ».
Au fond, cela ne change rien, puisque « une bande corrompue en remplace simplement une autre ». Après tout, l’Ukraine n’a jamais « été un État occidental démocratique exemplaire ». « En matière de corruption, elle était pire que la Russie. La productivité économique par habitant est plus faible en Ukraine qu’en Russie. Les dirigeants ukrainiens sont corrompus. »
J’aurais peut-être pu comprendre ce point de vue avant le début de la guerre. Les Ukrainiens — ou, plus exactement, les habitants de ce territoire donné — étaient occupés bien avant l’invasion des troupes de Poutine : par l’État « ukrainien ». Lorsqu’il faut choisir un camp dans une lutte mafieuse pour le contrôle d’un territoire, il est raisonnable de préférer les occupants susceptibles de moins piller et contrôler la population.
Par exemple, l’occupation américaine de l’Allemagne de l’Ouest, plutôt qu’une occupation nazie ou soviétique, a constitué un bien relatif pour ses habitants. On peut débattre de la question de savoir si, avant la guerre, la mafia russe ou ukrainienne était la moins prédatrice et répressive. Même alors, j’aurais toutefois préféré le pouvoir ukrainien, surtout pour la liberté des médias, la liberté de réunion, les voyages sans visa vers l’Europe, l’existence d’une opposition politique et autres petits agréments du même genre.
Cependant, il est devenu évident dès les premiers jours qu’il ne s’agissait pas simplement d’un conflit entre deux bandes.
Les bandits russes ont commencé à bombarder massivement les quartiers résidentiels, à fusiller en masse des civils, à violer et à piller. C’est une guerre déclarée par la Russie aux propriétaires ukrainiens pacifiques. Dans ce cas, le choix des libertariens est évident : soutenir pleinement les Ukrainiens et les forces qui les aident à se battre pour leur vie.
Hoppe compare la guerre en Ukraine à la guerre entre le Nord et le Sud aux États-Unis. Cette dernière aurait été « monstrueusement brutale », parce que les Nordistes « prenaient délibérément pour cible la population civile qu’ils voulaient détruire ». Et, selon Hoppe, c’est précisément ce que Poutine ne fait pas en Ukraine.
Apparemment, Hoppe s’informe des événements du front exclusivement auprès de RT.
Pourtant, selon son propre critère — le meurtre délibéré de civils —, le camp du bien et celui du mal sont parfaitement évidents dans la guerre menée par Poutine en Ukraine.
Une fois de plus, les propos de Hoppe suscitent, pour le dire avec retenue, la stupéfaction et la honte.
Note sur les sources
La date du 4 avril est conservée du texte russe original. La transcription anglaise citée a été publiée le 16 avril 2022 et attribue la traduction à Leonhard Paul. Les affirmations et les citations du commentaire sont reproduites comme éléments de l’argumentation de son auteur.
