« Manifestations de Plzeň en 1953 » : différence entre les versions
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Annoncée le 30 mai, la réforme entre en vigueur le lundi 1er juin. Espèces, épargne et autres créances reçoivent des traitements différents. Pour une personne admissible, seules les 300 premières anciennes couronnes en espèces bénéficient du taux de 5:1 ; le surplus est converti à 50:1. Les pertes dépassent donc une simple modification proportionnelle de l’unité monétaire. Dans les anciennes usines Škoda, rebaptisées usines V. I. | Annoncée le 30 mai, la réforme entre en vigueur le lundi 1er juin. Espèces, épargne et autres créances reçoivent des traitements différents. Pour une personne admissible, seules les 300 premières anciennes couronnes en espèces bénéficient du taux de 5:1 ; le surplus est converti à 50:1. Les pertes dépassent donc une simple modification proportionnelle de l’unité monétaire. Dans les anciennes usines Škoda, rebaptisées usines V. I. [[Lénine]], l’incertitude sur les futures paies s’ajoute à la colère concernant l’épargne et les avances sur salaires déjà reçues en ancienne monnaie.<ref name="background">Šlouf, « Protest im Kommunismus », p. 91–94 ; les barèmes et leurs effets sont détaillés dans [[Réforme monétaire tchécoslovaque de 1953]].</ref> | ||
Pendant le service du matin, les salariés communistes assistent à des réunions du Parti tandis que des ouvriers non membres arrêtent les machines et se rassemblent dans la cour. Les démarches auprès de la direction n’apportent pas de réponse satisfaisante. Des ouvriers de l’usine principale et de l’établissement de Doudlevce marchent vers náměstí Republiky, devant l’hôtel de ville. D’autres habitants les rejoignent ; plusieurs milliers de personnes se rassemblent.<ref name="march">Šlouf, « Protest im Kommunismus », p. 93–95 ; Jakub Šlouf, « Rozvrat lokálního stranického a bezpečnostního aparátu v průběhu plzeňských demonstrací 1. června 1953 », dans Jiří Petráš et Libor Svoboda (dir.), [https://www.ustrcr.cz/wp-content/uploads/2017/10/Osm-let-po-valce_pdf.pdf ''Osm let po válce: Rok 1953 v Československu''], 2014, p. 295–305, notamment p. 297–301.</ref> | Pendant le service du matin, les salariés communistes assistent à des réunions du Parti tandis que des ouvriers non membres arrêtent les machines et se rassemblent dans la cour. Les démarches auprès de la direction n’apportent pas de réponse satisfaisante. Des ouvriers de l’usine principale et de l’établissement de Doudlevce marchent vers náměstí Republiky, devant l’hôtel de ville. D’autres habitants les rejoignent ; plusieurs milliers de personnes se rassemblent.<ref name="march">Šlouf, « Protest im Kommunismus », p. 93–95 ; Jakub Šlouf, « Rozvrat lokálního stranického a bezpečnostního aparátu v průběhu plzeňských demonstrací 1. června 1953 », dans Jiří Petráš et Libor Svoboda (dir.), [https://www.ustrcr.cz/wp-content/uploads/2017/10/Osm-let-po-valce_pdf.pdf ''Osm let po válce: Rok 1953 v Československu''], 2014, p. 295–305, notamment p. 297–301.</ref> | ||
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Les manifestations de Plzeň de 1953 commencent le 1er juin contre la réforme monétaire. Des ouvriers qui viennent de perdre une partie de leur épargne et de la valeur de salaires récemment versés quittent leurs usines pour le centre-ville. Les revendications sur l’argent deviennent des revendications d’élections libres. L’État communiste réprime les manifestations, puis poursuit les sanctions par les tribunaux, l’emploi et le logement.[1]
La confrontation met en lumière une contradiction du régime : des ouvriers de l’industrie résistent aux décisions d’un pouvoir qui prétend gouverner en leur nom. Tous les participants ne partagent pas pour autant les mêmes idées. Les revendications économiques, l’opposition au pouvoir communiste et les critiques internes au Parti se recoupent sans former un programme unique.
De l’usine à la place publique
Annoncée le 30 mai, la réforme entre en vigueur le lundi 1er juin. Espèces, épargne et autres créances reçoivent des traitements différents. Pour une personne admissible, seules les 300 premières anciennes couronnes en espèces bénéficient du taux de 5:1 ; le surplus est converti à 50:1. Les pertes dépassent donc une simple modification proportionnelle de l’unité monétaire. Dans les anciennes usines Škoda, rebaptisées usines V. I. Lénine, l’incertitude sur les futures paies s’ajoute à la colère concernant l’épargne et les avances sur salaires déjà reçues en ancienne monnaie.[2]
Pendant le service du matin, les salariés communistes assistent à des réunions du Parti tandis que des ouvriers non membres arrêtent les machines et se rassemblent dans la cour. Les démarches auprès de la direction n’apportent pas de réponse satisfaisante. Des ouvriers de l’usine principale et de l’établissement de Doudlevce marchent vers náměstí Republiky, devant l’hôtel de ville. D’autres habitants les rejoignent ; plusieurs milliers de personnes se rassemblent.[3]
On réclame « Nous voulons notre argent » et « Nous voulons des élections libres » (tchèque : « Chceme naše peníze » et « Chceme svobodné volby »). Des manifestants pénètrent dans l’hôtel de ville, en jettent portraits et bustes communistes et exposent un portrait de l’ancien président Edvard Beneš. Ils utilisent brièvement les haut-parleurs municipaux avant la coupure de l’électricité. Une foule entre aussi dans le palais de justice, rue Veleslavínova, et brûle des dossiers. Une tentative pour atteindre la station de radio régionale, distincte des haut-parleurs de rue, est bloquée.[4]
Certains manifestants commettent des violences et des destructions. Le mouvement ne dispose cependant ni d’un commandement unifié ni d’un gouvernement de remplacement capable de prendre le pouvoir national. Assimiler toutes les personnes présentes à des conspirateurs efface les différences entre grévistes, auteurs d’attaques et spectateurs.[5]
Répression
L’armée, la police, les gardes-frontières et forces de sécurité intérieure ainsi que les Milices populaires rétablissent le contrôle. Il s’agit de forces tchécoslovaques ; les troupes soviétiques n’interviennent pas. Les forces de sécurité utilisent des lances à eau ; les récits décrivent des tirs d’avertissement, des arrestations et des coups. La place principale est évacuée en fin d’après-midi et un couvre-feu nocturne est instauré. Marek ne rapporte aucun mort de part et d’autre dans la confrontation de rue ; cette affirmation ne couvre pas le sort ultérieur des prisonniers.[6]
Le soir, une contre-manifestation communiste retire, avec l’approbation des autorités, la statue de Tomáš Garrigue Masaryk du monument de la Libération nationale. Un lieu associé à la république antérieure au communisme devient une cible de la riposte aux protestations.[7]
Les sanctions après l’évacuation des rues
Les enquêteurs cherchent à monter un procès public de conspiration, mais peinent à identifier un groupe crédible d’organisateurs se connaissant entre eux. Le 23 juin, le secrétariat politique du Parti choisit des poursuites séparées. Quatorze procès collectifs principaux se déroulent du 13 au 22 juillet, suivis d’au moins vingt-neuf procédures individuelles supplémentaires.[8]
Šlouf identifie 268 accusés dans les affaires qu’il documente :[9]
| Issue | Accusés |
|---|---|
| Condamnation | 242 |
| Acquittement | 25 |
| Procédure abandonnée | 1 |
La peine la plus lourde est de quatorze ans pour Pavel Katera, qui aurait tenté de s’armer. Jaroslav Treml, qui a conduit une délégation demandant la libération de prisonniers, reçoit dix ans ; l’ouvrière Anežka Zámečková reçoit également dix ans pour des attaques contre des miliciens et des communistes. Les chefs d’accusation comprennent des infractions violentes ; Treml est notamment accusé d’incitation au meurtre. Les peines prononcées ne correspondent pas nécessairement au temps effectivement passé en prison. Le tribunal considère aussi les spectateurs passifs comme un encouragement aux manifestants actifs, permettant de condamner sans établir que la personne a elle-même agressé quelqu’un ou endommagé des biens.[10]
Aux usines Lénine, un document du 26 août cité par Šlouf recense au moins 1 127 personnes soumises à des mesures disciplinaires :[11]
| Sanction recensée | Personnes |
|---|---|
| Licenciement | 238 |
| Affectation à un poste moins favorable | 467 |
| Réduction des congés annuels | 258 |
| Brigades de travail obligatoires | 28 |
| Exclusion du syndicat | 136 |
Des élèves et étudiants perdent leur place dans les établissements scolaires et supérieurs. Šlouf recense également 204 familles expulsées de leur logement pendant la campagne de juin et juillet. Éloigner du centre les habitants jugés peu fiables doit empêcher leur solidarité avec de futures manifestations. Mal organisée, la campagne touche aussi des habitants loyaux et n’est pas menée à son terme.[12]
Monnaie, dépendance et liberté de protester
Un ménage peut perdre son épargne par la conversion, son revenu par un licenciement ou une rétrogradation et son logement par une décision administrative. Le contrôle étatique de l’emploi et du logement fournit des moyens de sanction au-delà des tribunaux. La dépendance envers les institutions qui ont imposé les pertes financières rend la résistance plus coûteuse.
Le cas relie la liberté monétaire aux libertés d’association et d’expression et à la responsabilité individuelle. L’État modifie d’abord les créances sans le consentement de leurs détenteurs, puis sanctionne l’opposition par des décisions dépassant largement l’échange monétaire initial. Reconnaître les violences de certains manifestants ne rend pas chaque spectateur coupable et ne fait pas des moyens de subsistance d’un ménage un instrument légitime de punition collective.
Voir aussi
Références
- ↑ Jakub Šlouf, « Protest im Kommunismus: Die Pilsner Revolte vom 1. Juni 1953 », Bohemia, 58/1, 2018, p. 78–108, notamment p. 93–104.
- ↑ Šlouf, « Protest im Kommunismus », p. 91–94 ; les barèmes et leurs effets sont détaillés dans Réforme monétaire tchécoslovaque de 1953.
- ↑ Šlouf, « Protest im Kommunismus », p. 93–95 ; Jakub Šlouf, « Rozvrat lokálního stranického a bezpečnostního aparátu v průběhu plzeňských demonstrací 1. června 1953 », dans Jiří Petráš et Libor Svoboda (dir.), Osm let po válce: Rok 1953 v Československu, 2014, p. 295–305, notamment p. 297–301.
- ↑ Pavel Marek, « Protikomunistické demonstrace v Československu v roce 1953 », Securitas imperii, 24/1, 2014, p. 9–34, ici p. 26–27, notamment p. 26, n. 101. Les slogans tchèques sont rapportés par cet auteur.
- ↑ Marek, p. 24, n. 88 ; Šlouf, « Rozvrat », p. 301.
- ↑ Marek, p. 24, n. 89–90, et p. 27–29 ; Šlouf, « Protest im Kommunismus », p. 100–101. Milan Bárta, « Podíl československé Bezpečnosti na přípravě a provedení měnové reformy v roce 1953 », Securitas imperii, 24/1, 2014, p. 52–81, ici p. 67.
- ↑ Marek, p. 28–29, notamment p. 28, n. 111. Les récits divergent sur les modalités précises de la destruction de la statue.
- ↑ Jakub Šlouf, « Justiční procesy s účastníky plzeňské revolty 1. června 1953 », Paginae historiae, 24/2, 2016, p. 214–228, ici p. 219–222, notamment p. 221, n. 35, et p. 222, n. 39–40.
- ↑ Šlouf, « Justiční procesy », p. 224–225, n. 55–56. Ce périmètre documenté ne constitue ni un total national ni un recensement complet des poursuites ultérieures.
- ↑ Šlouf, « Justiční procesy », p. 223, n. 46–47, sur les spectateurs et le jugement 1T 149/1953 du 20 juillet 1953 ; p. 221, n. 36, sur les chefs d’accusation, notamment l’incitation au meurtre ; p. 225 sur Katera, Treml, Zámečková, les réductions de peine et les libérations.
- ↑ Šlouf, « Protest im Kommunismus », p. 103–104, n. 101, citant SOA Plzeň, ZVIL 203 PŘ 1674, note au directeur du 26 août 1953. Ces sanctions et les condamnations judiciaires ne doivent pas être additionnées comme si elles concernaient des personnes distinctes.
- ↑ Šlouf, « Protest im Kommunismus », p. 104, notamment n. 102, citant Adam Skála, « Pokusy o hromadné vystěhovávání plzeňských obyvatel po roce 1948 », Minulostí západočeského kraje, 47, 2012, p. 187–245.
