Anti-concept

From Liberpédia

Un anti-concept est un mot qui, au lieu de décrire la réalité, empêche de penser parce qu’il se réfère à ce que la raison ne peut pas véritablement identifier. Les anti-concepts se développent sous l’influence de philosophies qui ne comprennent pas comment la formation des mots se fonde sur l’expérience du réel, et chez les Irresponsables Institutionnels. Les anti-concepts abondent dans le discours des semi-Esclavagistes-Absurdistes contemporains, qui ont vampirisé les concepts politiques normatifs. Un naturaliste comme Aristote avait bien compris les nécessités de la formation des concepts, aussi est-ce dans la tradition philosophique du réalisme aristotélicien que l’on comprend le mieux le rapport entre les concepts et l’expérience de la réalité.

Table of contents

Ce qu’est un concept valide

Le rôle des mots est de faciliter la description du réel en rassemblant l’expérience humaine dans un système de classifications que les autres pourront partager. Et pour qu’ils puissent la partager, il faut que cette classification

- tienne compte de toute la connaissance disponible au moment où on la constitue, et
- se fonde sur des critères objectifs, les seuls qui aient des chances de fonder un système acceptable et durable.

Les concepts, les mots dont on se sert pour dire les choses, pour décrire la réalité, ne sont donc ni arbitrairement choisis ni définitivement établis. S’ils visent à la pérennité et l’universalité, ils doivent refléter les lois de la réalité : et comme notre connaissance de ces lois peut changer, ils ne sont pas non plus intangibles ni immuables. L’origine métaphysique des concepts se trouve dans les lois de la nature, mais comme c’est notre responsabilité, notre choix, de former le système de classifications qu’ils reflètent, le seul de leurs aspects qui ne puisse pas changer, ce sont les lois de la réalité qu’ils sont là pour décrire.

C’est ce que Ayn Rand appelait l’« objectivité des concepts » - ceux-ci doivent se fonder sur les lois de la réalité - par opposition à un caractère « intrinsèque » : c’est nous qui les choisissons, ils ne sont pas intangibles, ni immuables comme les lois qu’ils prétendent traduire.

- les concepts les plus universels, ceux de l’expérience quotidienne, sont ceux qui ont le plus de chances de perdurer sans qu’on les remette en cause.
Cependant, aucun choix de classification n’est infaillible, et on peut toujours découvrir des ressemblances négligées jusqu’alors, ou remettre en cause de similitudes qui apparaissent de plus en plus superficielles à mesure qu’on les réexamine : ainsi, la distinction entre animaux vivant sur terre et animaux vivant dans l’eau est apparue comme de plus en plus secondaire par rapport aux autres.
C’est le rôle de la philosophie que de réexaminer systématiquement ressemblances et différences, pour proposer et pour éliminer les systèmes de classification.
Quand elle est bien faite, elle décrit aussi les règles de formation des concepts valides, dit à quelles conditions ce système n’est pas contradictoire donc faux, et pourquoi.
Dans la mesure où elle décrit des relations nécessaires, la théorie économique progresse de même par une interprétation de plus en plus cohérente d’une expérience plutôt ancienne de l’action humaine : c’est ainsi qu’on a successivement élargi les définitions de la richesse et de la production.
Un autre exemple est le monopole, dont la définition de départ, étymologique, amalgame des faits qui naissent de l’exercice paisible de la propriété et des faits qui naissent de la violence agressive : au XVIIIe siècle, tout le monde avait appris à réserver l’appellation aux seconds ; si on est revenu à la confusion ancienne, c’est sous l’influence de fausses philosophies, qui ont fait perdre de vue les conditions de validité des concepts.
- Cependant, la réflexion n’est qu’une des deux grandes sources de connaissances nouvelles auxquelles s’alimente la formation et la remise en cause des concepts : comme le système des classifications doit correspondre aux lois de la nature, il dépend forcément aussi de l’expérience ; et la science expérimentale est la source principale des connaissances nouvelles.
Par conséquent c’est aux frontières de cette science que le système des classifications a le plus de chances de bouger.
Lorsqu’on a mieux connu les baleines, on a cessé de les classer parmi les poissons ; lorsqu’on a mieux connu les champignons, on les a mis bien à part des plantes.
Depuis le XXe siècle, la physique engendre des interprétations qui paraissent contredire nos classifications habituelles, amenant les philosophes comme Hans-Hermann Hoppe à rappeler qu'on ne peut pas déduire de ses résultats des classifications contredisant les interprétations du réel qui lui ont permis de faire ses mesures : un concept qui reposerait sur certaine mesures tout en niant les présupposés dont ces mesures mêmes dépendent logiquement, serait un concept volé : un mot dont on ne pourrait pas se servir sans nier implicitement ses fondements logiques, c’est-à-dire un mot dont l’usage même impliquerait une contradiction.

L’origine des anti-concepts

L’anti-concept est un concept mal formé, qui désigne comme existant ce qui ne peut pas exister, puisque le fait même de s’en servir implique une contradiction.

L’exemple du vol de concepts

Le « concept volé » en est une manifestation, qui nie implicitement ses propres fondements philosophiques. Dans « Le vol de concepts » (http://membres.lycos.fr/mgrunert/Le_vol_de_concept.htm), Nathaniel Branden donne comme exemple la formule de Proudhon : « la propriété c’est le vol ». On ne peut pas employer la notion de « vol » si ce n’est pas à une « propriété légitime » que le « voleur » s’en prend. Le concept de « vol » est donc dépendant du concept de « propriété légitime », celui qui s’en sert pour nier que celle-ci puisse exister tombe dans une contradiction : il cherche à « voler » le concept de « vol ».

Les philosophies qui volent les concepts

Les philosophies qui conduisent à la multiplication des anti-concepts sont elles-mêmes fondées sur des vols de concepts :

- Le positivisme, par exemple, nie la validité de la preuve philosophique, prétendant que seuls les résultats de la science expérimentale pourraient être vrais. Or, ce qu’il affirme là n’est pas un résultat de la science expérimentale, c’est de la philosophie (et en outre la science expérimentale doit logiquement postuler des énoncés philosophiques sans lesquels elle ne peut être valide) : le positivisme se réfute donc lui-même, il est absurde et de cette absurdité découle une infinité d’autres absurdités, qui méconnaissent pour l’essentiel le fondement des concepts dans l’expérience, et avec lui la possibilité et la nécessité de valider les concepts.
- Le nominalisme est la « philosophie » qui méconnaît expressément ce fondement, cette possibilité et cette nécessité.
- Il a engendré l'empirisme, qui consiste à rechercher les relations causales dans l’observation superficielle de coïncidences, sans se référer au contexte de la connaissance existante, notamment de ce que l’on sait de la nature des choses, telle que justement notre système de classifications conceptuelles est là pour la mettre à notre disposition sous la forme la plus pratique possible.

L’absurdisme esclavagiste se nourrit d’anti-concepts

Pour démasquer une fausse philosophie, la première chose à faire est donc de lui appliquer ses propres critères de véracité : les trois « philosophies » précitées n’y résistent pas. Pourquoi survivent-elles à la démonstration de leur caractère absurde ? Peut-être parce qu’on peut faire de la science et de la technique sans s’en être rendu compte, surtout parce qu’elles sont le fondement ultime de l’Esclavagisme-Absurdisme socialiste : elles permettent de se servir du prestige de « la science » pour disqualifier automatiquement les démonstrations logiques de son absurdité criminelle.

La formation des anticoncepts

L’anti-concept met dans le même sac, ou le même tiroir, des choses qui ne devraient pas s’y trouver ensemble : des objets de nature différente, c’est-à-dire qui se comportent selon des lois naturelles différentes, ou alors des choses qui existent avec des choses qui n’existent pas. Et dans la mesure où le concept prétend implicitement décrire des objets qui obéissent aux mêmes lois naturelles, ce que décrit un anti-concept, littéralement, n’existe pas et ne peut pas exister.

Violations de l’interdépendance des concepts

La classification conceptuelle se fonde sur des ressemblances objectivement constatées ; or, ces ressemblances sont communes à des classes d’objets plus ou moins étendues : il s’ensuit qu’un système de classifications doit pouvoir désigner différemment des objets qui ont plus ou moins de choses en commun. Pour reprendre l’exemple des sciences naturelles, les chiens ont plus de choses en commun que les carnivores, et les carnivores que les mammifères. Plus les classes d’objets sont étendues, plus petit est le nombre de leurs éléments communs, et plus les concepts sont abstraits, moins ils désignent des objets que l’on peut voir et toucher.

Une conséquence logique, grosse d’implications pratiques, est que les concepts que définit notre système de classifications désignent tous les existants qui ont les mêmes caractéristiques en commun, toutes les caractéristiques de ces existants, et qu’ils sont naturellement interdépendants : le vol de concepts est l’erreur logique qui méconnaît cette interdépendance des concepts. Le concept de « vol » se définit par rapport à la « propriété légitime », et tout emploi du mot « vol » qui nie la « propriété légitime » vole le concept de « vol ».

Violations de l’objectivité des concepts

Les fausses philosophies contemporaines multiplient les concepts mal formés qui mettent dans le même sac des objets de nature différente : en philosophie politique, ces amalgames consistent le plus souvent à méconnaître le caractère central de la distinction entre violence et non-violence, elle-même dépendante de la distinction entre consentement et non consentement. On a vu que le concept originel du « monopole », ainsi que les régressions contemporaines vers cette confusion d’origine, impliquent un tel amalgame.

Les rationalisations du protectionnisme reposent en partie sur une telle confusion, entre l’« agression » et le fait d’offrir de meilleurs services à meilleur prix. De même la falsification marxiste de la lutte des classes, qui appelle « exploitation » des actes non violents et méconnaît le caractère esclavagiste de son propre projet.

Ces erreurs systématiques impliquent aussi d'abandonner le contexte dans lequel les questions se posent, elles sont aussi le résultat d’un oubli de l’interdépendance des interprétations de la réalité, quand elles ne les nient pas expressément.

Le vampirisme normatif

Le développement des fausses philosophies voleuses de concepts a engendré une dénaturation des concepts abstraits, notamment en philosophie politique et morale, qu’on peut appeler vampirisme normatif : Le vampirisme normatif ou zombification de la norme consiste à vider un mot de son sens en le plaçant dans un contexte où il est inutilisable :

ainsi de la notion d’« égalité », qui en politique ne peut avoir de sens que défini comme une égalité politique, où personne ne peut appliquer à ses propres actes des principes dont il refuse l’application à d’autres : je n’ai pas le Droit de te frapper comme tu n’as pas le Droit de me frapper, je n’ai pas le Droit de te voler comme tu n’as pas le Droit de me voler, et plus généralement personne n’a le Droit de s’imposer aux autres.
Cette norme est justifiée parce qu’elle traduit la cohérence logique dans la définition du Droit, la cohérence logique se trouvant justement être le critère de véracité de la philosophie politique, dont la raison d’être est de définir la justice.
On dénature la notion d’« égalité » en remplaçant cette définition politique par une définition « sociale » qui amalgame la richesse et la puissance au prix d’une dénaturation du concept de « consentement », pour lui faire désigner une « égalité des conditions » ou une « égalité des chances »
ni l’une ni l’autre de ces prétendues « égalités » ne sont définissables, et elles impliquent d’exterminer la vraie, en instituant une caste de redistributeurs qui traiteront comme des esclaves les producteurs de la richesse.

Garder un vague rapport avec le réel

Dans cet exemple, on conserve le mot d’« égalité » pour les connotations anti-esclavagistes qu’il rappelle, alors que le but est de rétablir l’esclavage et la société de castes sous son couvert.

La dénaturation dont est née un autre anti-concept normatif, celui de « tolérance », a consisté à le déplacer d’un contexte où il a un sens : celui d’une attitude inspirée par la compréhension, le sens de l’opportunité ou le respect du Droit, vers un contexte où il est évidemment et automatiquement contradictoire, celui d’un idéal absolu et universel (la « tolérance » érigée en principe implique la négation pratique de toute norme, y compris elle-même).

Il existe donc un contexte où la « tolérance », ou l’« égalité », peuvent encore s’interpréter comme des normes valides. Cela conduit certains à ne pas identifier comme anti-conceptuel l’emploi contemporain de ces notions. Le raisonnement est que ces mots ne sont pas des anti-concepts puisqu’ils sont susceptibles d’une interprétation raisonnable.

Ce qu’il faut comprendre c’est que ces interprétations raisonnables sont là pour faire passer celles qui ne le sont pas : c’est pour cela que l’esprit non prévenu leur laisse le bénéfice du doute, alors qu’elles sont là pour l’empêcher de penser. Le procédé est le même que celui de la désinformation, qui consiste à faire passer des mensonges dans une masse d’information vraie qui les accrédite. Ou, si on veut une comparaison biologique, l’interprétation raisonnable est comme l’antigène que le virus présente à la cellule pour lui faire croire qu’il n’est pas dangereux, afin qu’elle le laisse entrer. C’est pour cela que les anti-concepts méritent aussi l’appellation de « mots-virus » (http://lumiere101.com/2008/07/18/les-mots-virus/).

Voir aussi

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