C’est avec de l’épargne qu’on embauche

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C’est avec de l’épargne qu’on embauche, et qu’on embauchera par George Reisman, 13 Février 2008. Cet article est basé sur une partie du chapitre 15 de l'auteur Capitalism: A Treatise on Economics. Voir l'original : Standing Keynesian GDP on Its Head: Saving Not Consumption as the Main Source of Spending

Ce texte, qui trouvera sa place parmi les classiques de la théorie économique autrichienne, devrait représenter un ultime clou dans le cercueil de la sophistique anti-comptable qui définit le charlatanisme keynésien. Henry Hazlitt, et à sa suite Murray Rothbard, avaient déjà démasqué dans le prétendu « multiplicateur keynésien » l’un des tours de bonneteau les plus mathématiquement scandaleux de cette sophistique anti-comptable, négation des lois de l’identité par la pensée magique de l’étatisme, à l’occasion d’un raisonnement sur la dépense globale. Ce texte-ci expose un autre de ces aspects en démontrant que se servir du PIB comme « mesure de la dépense globale » comme le font ordinairement les keynésiens est un autre grossier tour de passe-passe anti-comptable qu’il suffit d’exposer pour faire apparaître que, contrairement à ce qu’ils prétendent, ce n’est pas la consommation mais l’épargne qui est la source principale de la dépense globale. A la suite il rappelle que ce n’est pas la vente des biens de consommation mais cette même épargne qui permet de payer les salaires et d’embaucher du personnel ; fait dont Friedrich Hayek, à l’occasion du centenaire de la naissance de Keynes, rappelait qu’au XIXe siècle, la « compréhension complète » passait pour le meilleur critère de distinction entre l’économiste et celui qui ne l’est pas. Et qui explique bien entendu pourquoi les prétendus « plans de relance » par la dépense publique, qui consomment encore davantage de ce qui reste du capital à l’issue de crises qui ont vu celui-ci s’évaporer, échouent toujours à relancer l’activité productive mais ne font au contraire qu’aggraver les choses.


D’après le dogme keynésien encore dominant, la consommation serait la principale forme de dépenses dans le système économique, alors que l'épargne ne serait qu’une abstention de dépenser et de ce fait une « fuite » dans le circuit de la dépense. Cette croyance dogmatique inspire une grande partie de la politique économique du gouvernement des États-Unis, y compris le prétendu plan de stimulation économique qui vient d'être imposé. Dans cet article, je démontre au contraire que, dans le système économique, la consommation n'est pas la principale forme des dépenses et que c’est en fait l’épargne qui est la source de la plupart d’entre elles.

Je prouve ce que j’affirme en commençant par la formulation même des agrégats de dépenses que présente la doctrine keynésienne. Ainsi, la relation comptable la plus simple et la plus fondamentale de l’approche keynésienne est que ce revenu national-là, essentiellement en tant que somme des revenus du capital avec les salaires, est identique à la somme des dépenses de consommation et d'investissement net.

Il n’y a qu’un petit pas du revenu national au produit intérieur brut (PIB). Essentiellement, tout ce qu'on fait, c'est ajouter les provisions pour amortissement des sociétés aux bénéfices sur le côté gauche de l’identité et à l'investissement net sur son côté droit. Cette dernière opération ajoute aux investissements nets pour donner ce que la théorie contemporaine appelle l'investissement brut. On dit de la somme de la consommation et de cet investissement brut qu’elle est identique au PIB. Dans une formulation légèrement plus complexe, on mentionne les dépenses publiques en tant que troisième composante des dépenses, à côté de la consommation et de l'investissement. Dans encore une formulation plus complexe encore, on y inclut en outre les exportations nettes. On tient que ces postes-là de dépenses, qu'ils soient deux, trois, ou quatre, sont ce qui paie le revenu national ou PIB.

Pour simplifier, je vais faire comme si les exportations nettes n’existaient pas : arrondies à moins 1 billion de dollars, elles représentent le plus petit des quatre éléments. Le plus gros poste de dépenses déclarées est de loin celui des dépenses de consommation personnelle, qui courent actuellement à un taux annuel d'environ 10 billions de dollars. Le prochain poste le plus important est celui des dépenses publiques, actuellement à environ 3 billions de dollars. L'investissement brut intérieur privé est estimé à un peu plus de 2 billions de dollars. L’addition de ces nombres s’élève à quelque 15 billions de dollars, qui donne une approximation du montant annuel du PIB. Les provisions pour amortissement des entreprises d'environ 1 billion de dollars, conduisent à un investissement net qui s’élève à environ 1 billion de dollars et à un revenu national qui est de l'ordre de 14 billions de dollars.

Maintenant, la dépense des hommes de l’état est elle-même une espèce de dépenses de consommation. Cependant, que l’on inclue ou non les dépenses des hommes de l’état, c’est la dépense de consommation qui apparaît comme la grande source du PIB et du revenu national : 10 billions de dollars sur 15 et 14 billions respectivement. Comptez les dépenses publiques avec la consommation privée, et les nombres montent à 13 billions de dollars sur 15 et 13 billions de dollars sur 14 billions. Ce sont des données telles que celles-ci qui conduisent régulièrement les commentateurs à faire des déclarations du genre : « la consommation représente les deux tiers du PIB. » L'implication nette de ces déclarations est que ce seraient les dépenses de consommation, privée ou privée plus hommes de l’état, qui constitue la majorité écrasante des dépenses dans le système économique, et qui paie la majorité écrasante des revenus de ce système.

Et pourtant, cette proposition n'est pas, en fait, justifiée par les diverses formules utilisées par la comptabilité économique nationale. Toutes les formules sont mathématiquement exactes. Par exemple, le revenu national est bien égal à la consommation plus l’investissement net. Et c’est vrai que les dépenses de consommation écrasent presque toujours les investissements nets. En fait, à l'occasion, il arrive même que l'investissement net soit égal à zéro, ou, exemple plus extrême encore, un nombre négatif.

Et pourtant, dans un système économique moderne il n’est absolument jamais vrai que la consommation soit la forme principale des dépenses ni que ce soit elle qui paie la plupart des revenus. La croyance comme quoi elle le serait et le ferait repose sur une compréhension radicalement tronquée et superficielle de ces formules.


La plus grande partie des dépenses du système économique est cachée sous la rubrique de l'investissement net

La vérité est que la plus grande partie de la dépense du système économique se cache sous la rubrique de l'investissement net. L’investissement net est analogue à un iceberg, dont les neuf dixièmes du volume se cachent sous la surface. Il n’y a que dans le cas de l'investissement net que ce qui est occulté peut facilement dépasser les neuf dixièmes de l’agrégat. En effet, l'investissement net est une différence entre deux énormes masses de dépenses, lesquelles ne diffèrent pas radicalement par la taille et pourraient même parfois être à peu près égales. En fait, il arrive que celle qu’on soustrait soit plus grande que la masse dont elle est soustraite, ce qui conduit à des investissements nets négatifs.

La masse de dépenses en monnaie que l’on soustrait quand on calcule l'investissement net est la somme de toutes les dépenses que les entreprises enregistrent dans leur rapport annuel comme ce qu’ils soustraient de leur chiffre d’affaires pour calculer le bénéfices, à savoir : l'amortissement, le prix de revient des marchandises vendues, ainsi que les frais de vente, généraux et administratifs. La somme de monnaie à partir de laquelle on soustrait les coûts n'a pas de nom en théorie économique contemporaine. Je l'appelle les dépenses de production. Les dépenses de production sont les dépenses faites en vue de vendre par la suite. Ce sont les dépenses que font les entreprises quand elles achètent des biens de capital de toutes sortes, et quand elles paient des salaires.

Les biens de capital comprennent les machines, les matières premières, les composants, les fournitures, l'éclairage, le chauffage et la publicité. Contrairement aux dépenses de production, les dépenses de consommation se définissent par ce qu’on ne les fait pas pour pouvoir vendre par la suite, mais pour une autre raison quelle qu’elle soit. Dans la terminologie économique contemporaine, on définit les dépenses de consommation comme des dépenses finales. En revanche, les dépenses de production pourraient s’appeler dépenses intermédiaires. Implicitement ou explicitement, les dépenses de production sont toujours faites dans le but de gagner un chiffre d'affaires plus élevé qu’elles ne le sont elles-mêmes, c'est-à-dire que si on les consent, c’est pour en tirer un bénéfice.

Il me faut maintenant démontrer comment l'investissement net représente en fait la différence entre les dépenses de production et les coûts des entreprises. Ma démonstration se compose de deux parties.

Premièrement, une démonstration du fait que la définition du revenu national en tant que somme des salaires et des bénéfices implique aussi que ce même revenu national est identique à la somme des dépenses de consommation et des dépenses de production moins les coûts des entreprises.

Deuxièmement, une démonstration du fait que la différence entre les dépenses de production et les coûts des entreprises constitue en fait l'investissement net.

Je commence par la proposition selon laquelle le revenu national est identique à la somme des salaires et des bénéfices. Cette proposition peut être tenue pour vraie tout simplement par définition. Il y a des bénéfices, il y a des salaires, et la somme des agrégats respectifs de chacun dans l'ensemble du pays est ce que nous appelons le revenu national.


Reformulation du Revenu National comme le chiffre d’affaires des entreprises déduit de leurs coûts et des salaires versés.

Maintenant, une étape simple mais critique du raisonnement est de reconnaître que les bénéfices représentent la différence entre le chiffre d'affaires et les coûts des entreprises. La somme des bénéfices réalisés en un an dans la totalité d’un pays est identique à la somme des chiffres d'affaires de toutes les entreprises du pays pour cette année, moins la somme de tous les coûts que ces entreprises soustraient de leur chiffre d'affaires pour calculer leurs bénéfices respectifs. Reformuler les bénéfices comme la différence entre le chiffre d’affaires et les coûts nous permet alors de reformuler le revenu national comme la somme des chiffre d'affaires moins les coûts et les salaires.

L’étape suivante de ma démonstration se fonde sur la compréhension du fait que tout dollar de chiffre d'affaires pour les entreprises, de même que tout dollar payé en salaires représente un même dollar de dépenses faites par ceux qui paient les produits vendus ou les salaires du travail. Ainsi, le chiffre d'affaires d'une entreprise sidérurgique, par exemple, représente la dépense d’acheteurs tels que les entreprises automobiles. Les salaires reçus sont les salaires versés par les employeurs à un titre ou à un autre. [c'est-à-dire que les dépenses des entreprises représentent des achats auprès des fournisseurs de main-d'oeuvre, de biens et de services]

À partir de là, nous devons nous intéresser aux recettes des ventes et aux revenus salariaux du point de vue des acheteurs qui les paient. En payant les salaires ou les produits vendus, les acheteurs peuvent avoir à l'esprit l'un ou l'autre seulement de deux objectifs fondamentaux.

Ils peuvent avoir payé ce chiffre d’affaires ou ces salaires dans le but d’en tirer quelque chose à vendre eux-mêmes dans l’avenir. Ou alors ils peuvent avoir payé ce chiffre d’affaires ou ces salaires sans l’intention d’en tirer quelque chose à vendre eux-mêmes à l’avenir.

Les chiffres d’affaires et les salaires payés par l’acheteur dans le but d’en tirer lui-même quelque chose à vendre plus tard constituent les dépenses de production. Les chiffres d’affaires et les salaires payés par l’acheteur sans l’intention d’en tirer lui-même quelque chose à vendre plus tard sont les dépenses de consommation.

Comme exemples de chiffre d’affaires représentant des dépenses de production on a toutes celles qu’une entreprise peut payer à une autre : ce sont les recettes de la vente d'acier aux industries automobiles, et de minerai de fer aux entreprises sidérurgiques, de la vente de farine aux boulangeries et de blé aux meuniers. C’est la contrepartie de la vente de tous les biens achetés par les distributeurs aux grossistes et, bien sûr, de l'ensemble des nouvelles machines et équipements achetés par une entreprise à une autre.

Comme exemples de chiffre d’affaires représentant des dépenses de consommation on trouve ceux des épiceries, magasins de vêtements, des cinémas, restaurants, etc. Néanmoins, même ici, une partie de cette recette des ventes peut représenter des dépenses de production, comme lorsqu’un restaurant achète ses fournitures dans un supermarché ou qu’une entreprise achète des vêtements de travail pour ses employés.

Comme exemples de salaires versés qui sont des dépenses de production on a tous les salaires versés aux employés des entreprises, des salaires des ouvriers agricoles, des mineurs et des ouvriers d'usine, aux salaires des secrétaires, des publicitaires, des caissiers de banque, et des vendeurs — le salaire de tous les travailleurs que l’employeur a payés dans le but de faire des ventes à l’avenir. (Il y a lieu de considérer tous les versements de salaires et achats de biens nécessaires à l'existence ou au fonctionnement d'une entreprise comme consentis dans le but de vendre par la suite, puisque c’est la raison d’être de l'entreprise.)

Comme exemples de salaires qui sont les dépenses de consommation on trouve les salaires versés aux femmes de ménage et aux baby-sitters par les femmes au foyer, et, pour les très riches, les salaires versés aux maîtres d'hôtel, cuisiniers et chauffeurs. Bien entendu, ces salaires-là sont évidemment négligeables comparés aux salaires payés comme dépenses de production. Le seul exemple substantiel de salaires qui sont des dépenses de consommation sont les salaires des employés de l’état. Les salaires-là ne sont pas payés pour permettre aux hommes de l’état de faire des ventes à l’avenir.


Décomposition des Recettes et des Dépenses

Ce que nous avons fait jusqu’à présent est de conceptualiser le revenu national en termes de ses composantes du côté des recettes comme du côté des dépenses. Nous avons vu que l’addition des bénéfices et des salaires n’est pas seulement identique aux recettes des ventes moins les coûts et les salaires, mais et plus précisément, qu'elle est aussi identique à L’addition de la part des recettes des ventes qui est constituée par des dépenses productives avec la part des recettes des ventes qui est constituée par les dépenses de consommation, moins les coûts, plus la partie des salaires qui est faite de dépenses de production plus la partie des salaires qui est composée de dépenses de consommation.

Les sous-composants de recettes et de dépenses sont, bien entendu, les deux éléments constitutifs du chiffre d’affaires et des salaires considérés du point de vue du type de dépenses que ceux-ci représentent, c’est-à-dire des dépenses de production ou des dépenses de consommation.

À partir de là, on regroupe les sous-composants de recettes et de dépenses en fonction du type de revenu qu'ils représentent, c'est-à-dire, la contrepartie des ventes ou les salaires du travail. On conçoit le revenu national comme représentant l’addition de tous les quatre sous-composants des recettes et des dépenses, moins les coûts que l’on déduit des deux sous-composants qui représentent les revenus issus des ventes. Ce qu’il nous faut faire maintenant est tout simplement de regrouper les sous-composants des recettes et des dépenses d’après le type de dépenses plutôt que du type de recettes.

C’est ainsi que nous allons ajouter la partie du chiffre d'affaires des entreprises qui représente des dépenses deconsommation à cette partie des salaires que l’on verse en tant que dépenses de consommation. Quand nous agissons ainsi, nous obtenons le total des dépenses de consommation, c'est-à-dire, le « C » de l'équation « revenu national = C + I. »

Ce que nous devons faire aussi, c’est regrouper la partie du chiffre d'affaires des entreprises qui représente des dépenses de production avec la partie des salaires versés qui constitue des dépenses de production. Et ayant fait ces additions, qu’ontenons-nous ? Le total des dépenses de production qui, comme je l'ai dit, n'a pas de désignation de l'économie contemporaine.

[Comment revient-on aux comptes traditionnels, élaborés pour juger correctement des revenus mais totalement fallacieux pour ce qui est d’évaluer le total des dépenses ?] En soustrayant des dépenses de production les mêmes coûts que jusqu'à présent, on soustrayait du chiffre d'affaires des entreprises, et le résultat sera l'investissement net, le « I » de l'équation « revenu national = C + I. »


Pourquoi l'investissement net est égal aux dépenses moins les coûts de production

Tout ce qui reste à démontrer est la raison pour laquelle les dépenses de production moins les coûts sont en fait identiques à l'investissement net. À première vue, nous savons déjà que ça doit être le cas, si nous avons déjà admis que le revenu national est égal à la consommation plus l'investissement net. Et cela, parce que nous sommes partis de ce qui était incontestablement le revenu national (la somme des bénéfices et des salaires versés) que nous avons montré que cette somme-là peut logiquement se reformuler exactement comme nous l'avons fait. Alors, s’il est vrai que le revenu national est identique à la consommation plus l'investissement net et s’il est aussi vrail'investissement net est identique aux dépenses de production moins les coûts des entreprises. que qu’il est identique à la consommation plus les dépenses de production, moins les coûts des entreprises, il s'ensuit inévitablement que

Toutefois, nous pouvons faire beaucoup mieux que cela et de montrer que c’est la nature même de l'investissement net qui implique son identité avec les dépenses de production des entreprises moins leurs coûts. Tout ce que nous avons à faire, c'est décomposer les dépenses et les coûts de production en trois sous-catégories exhaustives l’une de l’autre. Ainsi, nous avons :

- cette partie des dépenses de production qui est capitalisée dans les comptes d’installation et d'équipement, - cette partie des dépenses de production qui est capitalisée dans les comptes en tant qu’ accroissements de stocks ou travaux en cours,

- et finalement cette partie des dépenses de production qui ne sont pas capitalisées mais immédiatement déduites, en tant que coût, des recettes provenant de la vente.

En ce qui concerne les coûts, nous avons

-cette partie des coûts qui représente des coûts d'amortissement, -cette partie des coûts ce qui représente le coût des marchandises vendues, et

- et [finalement] cette partie des coûts représentant les dépenses de production qui [n’étant pas capitalisées], sont immédiatement déduites, en tant que coût, des recettes provenant de la vente.

A l’évidence, la différence entre cette troisième composante du coût et la troisième composante des dépenses de production doit toujours être nulle, puisqu’elles sont par définition les mêmes.

Il faut dire quelques mots, du moins pour certains lecteurs, sur ce que veut dire capitaliser les dépenses de production, ainsi que sur la relation avec les coûts de ces dépenses capitalisées. Lorsqu’on fait des dépenses de production pour des immobilisations et des équipements, celles-ci ne vont pas immédiatement apparaître en tant que coût, déduit du chiffre d'affaires [pour calculer les bénéfices]. Au contraire, on les ajoute à un compte du bilan, généralement dénommé « immobilisations et équipement bruts », ou quelque chose de très approchant. Une dépense d’1 million de dollars pour de nouveaux ordinateurs, par exemple, sera traitée comme une addition d’ 1 million de dollars à ce compte. Les ordinateurs, on peut les amortir sur une période de trois ans. Dans ce cas, le tiers d'un million de dollars apparaît comme coût d'amortissement dans le compte de résultats de l'entreprise pour chacune des trois années [suivantes]. En même temps que l’on décompte les coûts d'amortissement dans les comptes de résultat de l'entreprise, le même montant d'amortissement est porté au débit d’un autre compte de bilan, connu sous le nom de «  réserve d'amortissement », ou quelque chose de très semblable. cumulé

Cependant, un troisième compte de bilan apparaît comme le résultat de la soustraction de l'amortissement cumulé des immobilisations brutes. Ce compte est celui des «  immobilisations et équipements nets ».

Au début de la première année de la durée de vie amortissable des ordinateurs, la valeur nette du compte d’immobilisations, pour autant que ces ordinateurs sont concernés, est de 1 million de dollars, soit 1 million de dollars d’immobilisations brutes, moins zéro d’amortissement cumulé.

En revanche, à la fin de cette première année complète de la durée de vie amortissable des ordinateurs, le compte d’immobilisations nettes sera à 666 666 dollars, en raison de la soustraction de 333 333 dollars d'amortissements du million de dollars d’immobilisations brutes.

À la fin de la deuxième année, le compte d’immobilisations nettes aura baissé à 333 333 dollars, en raison de la deuxième tranche d’amortissement cumulé soustraite du compte d’immobilisations brutes.

À la fin de la troisième année de la durée de vie amortissable des ordinateurs, la valeur comptabilisée des immobilisations nettes, du moins en ce qui concerne ces ordinateurs-là, sera retombée à zéro, parce que la provision cumulée pour amortissement aura entièrement absorbé la part des immobilisations brutes qui représentait le prix d'achat des ordinateurs.

Le fait essentiel qu’il s’agit ici de reconnaître est que, toutes choses étant égales par ailleurs, les dépenses de production pour les immobilisations et le matériel représentent des ajouts aux comptes d’immobilisations nettes de l'entreprise, tandis que les coûts d’amortissement représentent autant de soustractions à ces mêmes comptes d’immobilisations nettes de l'entreprise.

Dans l’ensemble du système économique, pour autant que la somme totale de ces ajouts dépasse celle de ces soustractions, c’est une augmentation de la valeur globale nette des comptes d’immobilisation et de matériel que l’on recense. Cette augmentation-là constitue l'investissement net dans les immobilisations et le matériel.

Bien sûr, il est tout à fait possible qu’au cours d’une année donnée, les dépenses de production pour les immobilisations et le matériel soient inférieures aux coûts d'amortissement encourus au cours de cette année. Dans ce cas, l'investissement net dans les immobilisations et le matériel serait un nombre négatif, tout comme il sera un nombre négatif dans la deuxième et la troisième année de notre exemple concernant l'achat d'ordinateurs.

De même de la question des stocks et travaux en cours. Lorsqu’on fait des dépenses pour accroître les stocks, les sommes en question sont ajoutées à encore un autre compte de bilan, connu sous le nom de « stocks / travaux en cours » ou quelque chose d’approchant. Ainsi, par exemple, lorsqu’un détaillant achète des meubles à un fabricant et l’installe dans ses entrepôts ou ses salles d'exposition, le prix d'achat de ce mobilier est ajouté au compte de stocks de ce détaillant. C’est seulement dans la mesure où les meubles sont vendus et au moment où ils quittent les locaux du détaillant, qu’un élément de coût apparaît dans le compte de résultats de ce détaillant. Celui-ci y apparaît en tant que « coût des marchandises vendues », qui est une excellente description, littérale, de celui-ci. De même que les achats en vue d’accroître les stocks s’ajoutent au bilan en tant que variation de stocks, le coût des marchandises vendues représente des soustractions au compte de stocks.

Ainsi, un détaillant de meubles qui a acheté, par exemple, 100 canapés au prix de 1000 dollars ajoute 100 000 dollars à son compte de stocks. Chaque fois qu'il vend un canapé, il soustrait 1000 dollars de son compte de stocks et déduit ces mêmes 1000 dollars de son compte de résultat comme un coût des marchandises vendues. (Le même principe s'applique à des cas plus complexes, tels que General Motors achetant des tôles d'acier. Le prix d'achat de la tôle d'acier est ajouté au compte de stocks et travaux en cours de GM, et c’est seulement lorsque l’on vend les automobiles qui en sont faites que l’on déduit une somme correspondante du compte de résultat au titre du coût des marchandises vendues.)

Le point qu’il est essentiel de reconnaître ici est que, toutes choses étant égales par ailleurs, les dépenses de productioncoût des marchandises vendues constituera une somme soustraite de cette compte. pour alimenter les stock et les travaux en cours constituent un ajout au compte de bilan au titre des « stocks et travaux en cours », tandis que le Dans la mesure où les dépenses de production pour le compte des stocks et autres dépassent le coût des marchandises vendues, le montant du compte de stocks s’en trouvera augmenté et cela représentera de ce fait un investissement net (et autres travaux en cours) dans les stocks Dans la mesure où[, au contraire,] les dépenses de production pour le compte des stocks et autres seraient moindres que le coût des marchandises vendues, le montant du compte de stocks s’en trouverait diminué et cela représenterait de ce fait un investissement net négatif dans les stocks (et autres travaux en cours).

Alors, espérons-le, il est désormais clair pour tout lecteur pourquoi la différence des dépenses de production et des coûts des entreprises est bien identique à l'investissement net : elle représente l'investissement net dans les immobilisations et l'équipement plus l'investissement net dans les stocks [et autres travaux en cours].


Les dépenses de production sont [bien] plus grandes que les dépenses de consommation

Il est presque certain que les dépenses de production, la somme des dépenses faites par les entreprises pour les biens d'équipement et pour la main-d'œuvre non seulement dépassent les dépenses de consommation, mais le font très largement. La vérité de cette proposition peut se déduire de ce qu’on sait généralement de l’ampleur des marges bénéficiaires des entreprises. Une marge bénéficiaire, bien sûr, est le rapport du bénéfice au chiffre d'affaires. Dans le cas des supermarchés, les marges bénéficiaires sont souvent aussi faibles que 2 pour cent. Dans le cas d’investissements très intensifs en capital, tels que la fourniture d'électricité, elles peuvent atteindre les 20 pour cent. Nous ne nous tromperons pas de beaucoup si nous supposons que la moyenne des marges bénéficiaires tourne autour de 10 pour cent.

Si les marges bénéficiaires représentent 10 pour cent des ventes, il s'ensuit que les coûts en représentent 90 pour cent ; de sorte que les dépenses de production qui ont permis ces ventes-là représentent elles aussi 90 pour cent de ces ventes. Si nous supposons qu’en moyenne, ces dépenses de production se sont réparties entre les biens d’investissement et la main-d'œuvre dans un rapport de 5 à 4, alors pour tout dollar dépensé dans l'achat d'un bien de consommation, il y avait 50 ¢ de dépenses pour l'achat des biens d’investissement nécessaires pour le produire, et 40 cents dépensés pour payer le salaire des travailleurs nécessaires pour ce faire.

Toutefois, la même histoire se répète à l’identique dans la production des biens d'équipement qui a vendu pour 50 cents de ces susdites dépenses de production. Celles-ci auront eu un coût de production de 45 ¢, répartis en 25 ¢ pour les dépenses de production en biens d’investissement en amont dans le processus de production et 20 ¢ de dépenses de production pour du travail en amont dans le processus de production. A mesure que nous reconstituons de plus en plus en amont le processus de production, nous atteignons un point où le montant cumulé des dépenses de production pour les biens d'investissement approche lui-même 1 dollar, alors que les dépenses de production cumulées pour du travail approchent pour leur part 80 cents (c'est-à-dire que 50 ¢ + 25 ¢ + 12,5 ¢ ... = 1 $, et que 40 ¢ + 20 ¢ + 10 ¢ ... = 80 ¢).

Ces dépenses-là non seulement représentent les dépenses de production des années précédentes, mais on peut en outre juger qu’elles sont aussi représentatives des dépenses de production de l'année en cours. En effet, une partie des dépenses de production actuelles est vouée à la production des biens de consommateurs. Une autre partie des dépenses de production actuelles est consacrée à la production des biens d’investissement [y compris les stocks et travaux en cours] permettant de produire plus tard des biens de consommation. Une troisième partie des dépenses de production actuelles est consacrée à produire les biens d’investissement qui serviront à la production des biens d’investissement qui servira à la production des biens de consommation, et ainsi de suite.

n tout état de cause, ce que nous avons dans le cas présent est pour tout dollar de demande en biens de consommation, 1,80 dollar de dépenses de production. Et, pour les raisons que nous venons de voir, c’est ce rapport-là qu’il faut tenir pour caractéristique du système économique lors d’une année donnée.


La macroéconomie keynésienne est borgne : l’insuffisance du PIB

Ce que l'ensemble de la discussion précédente implique est que la macroéconomie keynésienne, littéralement, est borgne. Elle prétend [par définition] constituer une étude du système économique « dans son ensemble » [et du point de vue de la « dépense globale » qui est son obsession], alors qu’en ne tenant aucun compte des dépenses de production, elle méconnaît totalement la plus grande partie des dépenses réelles qui sont faites dans la production de biens et de services. Cela en fait presque exclusivement une théorie économie des dépenses de consommation, et non pas une économie des dépenses totales dans la production de biens et de services.

Un agrégat comptable qui serait beaucoup plus approprié à une véritable étude macroéconomique [c’est-à-dire de la dépense totale] est ce que j'ai appelé le Revenu National Brut (RNB). Il s'agit de la somme de tous les chiffres d’affaires augmentée des salaires versés. Celle-ci est aussi identique à la somme des dépenses de consommation et de production qui en versent effectivement la contrepartie.

Imaginez donc une équation où les chiffres d’affaires et les revenus salariaux qui constituent le RNB apparaîtraient sur le côté gauche, tandis que les dépenses de consommation et de production qui les paient figureraient du côté droit. Si l'on soustrait de la partie gauche de l'équation le total des coûts qui apparaissent dans les comptes de résultats des entreprises, les chiffres d'affaires ainsi amputés deviennent les bénéfices des entreprises, et le RNB se réduit ainsi au revenu national. Si l'on soustrait ces coûts du côté droit de l’équation, les dépenses de production ainsi amputées deviennent les investissements nets, et le total des dépenses -- de production comme de production deviennent les dépenses de consommation plus l'investissement net.

Maintenant, si, au lieu de soustraire l’ensemble des coûts de part et d’autre, on soustrait ceux-ci à l'exception de l'amortissement, le RNB se réduit au PIB. C'est-à-dire, sur le côté droit, cela se réduira aux dépenses de consommation plus ce que l'économie contemporaine appelle l’investissement brut (un investissement « brut », dont l'un des composants est par ailleurs explicitement décrit comme la variation nette --l’investissement net dans les stocks).

Ainsi, il s'avère que le PIB est très loin d'être une mesure de l'ensemble des dépenses pour les biens et services [il a été conçu pour étudier une question différente, et non pas les dépenses, mais le revenu]. Il manque à en rendre compte d'un montant égal à la somme de tous les coûts des marchandises vendues dans le système économique plus le total des dépenses de production comptabilisées comme telles [expensed productive expenditures] au sein du système économique. Ce sont ces coûts qui doivent être ajoutés au PIB pour amener celui-ci à une mesure du montant réel des dépenses totales pour des biens et services dans le système économique. Si on ajoutait le coût des marchandises vendues à l'« investissement brut » de l’économie contemporaine on rehausserait celui-ci au niveau du véritable investissement brut, c'est-à-dire non seulement l'investissement brut dans les immobilisations et le matériel, mais également l'investissement brut dans les stocks. Et si à ce véritable investissement brut faites au sein du système économique, on ajoutait les dépenses de production comptabilisées comme telles on amènerait celui-ci au niveau du total des dépenses de production.


C’est l’épargne qui est la source de la plupart des dépenses

Ma substitution d'une approche radicalement nouvelle de la comptabilité économique globale à celle de l'approche keynésienne, a de nombreuses implications majeures. L'une d’entre elles porte sur le rôle de l'épargne dans le système économique. Dans l'économie keynésienne [de la manière la plus absurde au monde], l'épargne apparaît comme une simple abstention de dépenser. C'est parce que pour l’essentiel la seule dépense que reconnaisse le keynésianisme est les dépenses de consommation. Ainsi, si on gagne de l’argent et si on l’épargne au lieu de le consommer, les keynésiens s’imaginent qu’il ne serait tout simplement pas dépensé, c'est-à-dire qu’il serait thésaurisé. C'est sur cette base que l'économie keynésienne décrit l’épargne comme une « fuite » dans le circuit de la dépense [ce qui est d’un ridicule achevé]

Pourtant, la vérité est que la seule possibilité pour que l’argent dépensé dans l'achat des biens de consommation puisse jamais apparaître par la suite comme des dépenses de production en investissements et en main-d'œuvre serait si et dans la mesure où les entreprises qui reçoivent ces fonds ne les consomment pas. C’est seulement en économisant les fonds en question qu’elles peuvent les avoir à disposition pour faire quelque dépense de production que ce soit.


C’est de l’épargne que dépendent les dépenses de production.

Et parce que les dépenses de production sont la principale forme de dépense, c’est de l’épargne que dépendent la plupart des dépenses dans le système économique. Même les dépenses de consommation dépendent de l'épargne, dans la mesure où l'épargne est la source des salaires versés, qui alimentent la plupart de la consommation. L'achat de biens de consommation coûteux, tels que les maisons, les automobiles, les gros appareils ménagers, les vacances, en fait, tout ce dont le prix dépasse plus qu'une fraction importante du revenu gagné dans une période de paie, ne peuvent s’acheter qu’avec de l'épargne. Il n’y a pratiquement personne qui s’achète une maison avec un revenu courant, même pas celui d'une année entière. De même, très peu de gens peuvent acheter une nouvelle voiture sur un revenu de l'année, et encore moins avec le produit d'un seul salaire. Et il en est de même de nombreux autres produits. L'épargne est essentielle à l'achat de tous ces biens, et si ce n'est l’épargne de l'acheteur lui-même, c’est à défaut l’épargne de ceux à qui l'acheteur emprunte.


Implications pour le « plan de relance »

La dépendance des dépenses de production vis-à-vis de l'épargne comporte à son tour des implications importantes pour le prétendu plan de relance qui vient d'être imposé. Il en va de même de la compréhension que nous avons développée des investissements nets et du rôle du coût des marchandises vendues en relation avec l'investissement net et les bénéfices. Les partisans du « plan de relance » supposent que tout ce qu’il faut pour accroître la demande de biens et de services en amont et en aval, c’est-à-dire à toutes les stades du processus de production, de la vente au détail à la vente en gros, jusqu’à l’extraction minière et à l'agriculture en passant par la fabrication, serait d’accroître la demande pour les biens de consommation — essentiellement en imprimant des billets de banque et en les donnant à divers consommateurs pour qu’ils les dépensent.

Pourtant, si tout ce qui se passe était que les gens dépensent la nouvelle monnaie à l'achat de biens de consommation, il n'y aurait aucune espèce d’accroissement de la demande pour les biens de capital et pour le travail du fait de cette monnaie supplémentaire. Pour démontrer cela, imaginez que, précisément en accord avec les souhaits des partisans du plan de relance, quelque consommateur reçoive quelque part un millier de dollars en « remboursement d’impôts » que les hommes de l’état financeraient en créant une monnaie supplémentaire. Il encaisse son chèque et s’en vient à un grand centre commercial voisin, où il achète, disons, pour 1000 dollars de meubles. Le propriétaire du magasin de meubles se trouve à être sur les lieux et, comme un consommateur keynésien modèle, avec « une propension marginale à consommer des 2 / 3 » , il retire 666,67 dollars de sa caisse et parcourt la galerie jusqu’à un magasin proche où il dépense toute cette somme en nouveaux vêtements.

Le propriétaire du magasin de vêtements se trouve aussi être sur les lieux, et lui aussi, comme un autre parfait consommateur keynésien avec une propension marginale à consommer de 2/3, tire 444.44 dollars de sa caisse et marche jusqu’à un troisième magasin du centre commercial, où il dépense cette somme à l'achat d'un nouveau poste de télévision. Le propriétaire de ce magasin, à son tour, retire les deux tiers de ses recettes supplémentaires et téléphone à son épouse et sa belle-famille pour les inviter à dîner dans un restaurant du centre commercial. Si ce processus continuait indéfiniment, il y aurait finalement pour 3000 dollars en dépenses supplémentaires de consommation. Les keynésiens s’imaginent que ces 3 000 dollars constitueraient un nouveau revenu net supplémentaire, et que celui-ci accroîtrait dans cette mesure la demande de main-d'oeuvre et d'emploi, à travers l’ensemble des étapes du processus productif qui conduit à la présence de biens de consommation sur les étals des détaillants

Le multiplicateur de dépenses et les avantages prétendus pour la demande de main-d'oeuvre et donc de l'emploi serait encore plus important, selon les keynésiens, si la propension marginale à consommer avait été des trois quarts au lieu de deux tiers, et plus encore si elle était de neuf dixièmes au lieu de trois-quarts. Le multiplicateur et de ses avantages ne seraient limités que par la disparition de fonds dans le « trou » que constituerait l'épargne. La vérité est en fait que, pour que des dépenses de consommation supplémentaires constituent des accroissements de revenus équivalents, comme les keynésiens se l’imaginent, ça ne pourrait jamais être que des bénéfices d’entreprise, en particulier les bénéfices de ceux qui vendent les différents produits de consommation. Ça ne pourrait se traduire par aucun salaire en plus ni par l'emploi d’aucun travailleur supplémentaire.

La raison en est que tout ce à quoi nous avons affaire est la recette de ventes supplémentaires. Le revenu que l’on gagne sur la recette d’une vente c’est le bénéfice, et si le revenu supplémentaire était égal au chiffre d'affaires supplémentaire, cela voudrait dire qu'il y aurait des bénéfices supplémentaires qui seraient égaux à ce chiffre d’affaires supplémentaire. Une autre implication est que le prix des produits de consommation doit forcément augmenter, ce qui prive d'autres acheteurs de produits de consommation de la capacité à les acheter. Cela découle du fait qu’on dépense plus d'argent pour acheter la même quantité de produits. Bien sûr, les keynésiens se dépêcheront d’objecter que l’on vendra davantage de produits et non autant : les vendeurs réduiront leurs stocks pour satisfaire la demande supplémentaire. Dans la mesure où cela se produit, les prix ne monteront pas forcément tout de suite.

Cependant, réduction des stocks veut dire accroissement du coût des marchandises vendues et par conséquent qu’à chaque lieu de dépenses supplémentaires de consommation le bénéfice s’accroît d’un montant moindre que cet accroissement de dépenses. Ainsi, par exemple, si le vendeur des meubles encourt un coût supplémentaire des marchandises vendues de 500 dollars lorsqu’un acheteur en dépense 1 000 dans son magasin, son bénéfice et donc son revenu supplémentaire ne sera que de 500 dollars, et non de 1 000. Et sa consommation, en tant que consommateur keynésien modèle, ne sera des deux tiers que de ce montant-là. De même pour tous les autres vendeurs dans la chaîne des dépenses successives. La prétendue « relance » sera radicalement moindre que les keynésiens ne l’attendent et le souhaitent. Par exemple, on aura non seulement 333,33 dollars de dépenses au lieu de 666,67, mais encore 111,11 dollars au lieu de 444,44, et ainsi de suite, avec chaque série de dépenses, puisqu’il faut tenir compte non seulement de la prétendue « fuite » de l’agent dans l'épargne, mais les effets sur le bénéfice d'avoir à déduire le coût des marchandises vendues.

Evidemment, si les vendeurs pratiquaient le keynésianisme jusqu'au bout, ils ne tiendraient pas compte de la petite question du coût supplémentaire des marchandises vendues et de la baisse des stocks qui l’accompagne, et se borneraient à consommer à la mesure de leur chiffre d’affaires supplémentaire, comme s'il s'agissait d'un revenu, comme le keynésianisme l'enseigne et le suppose. Dans ce cas, il y aurait bien pour 3 000 dollars de consommation, et le stock baisserait de 1 500. Une telle conduite, cependant, conduirait à ce que non seulement il n'y ait aucune augmentation de la demande pour les biens d’investissement ni pour la main-d'œuvre, mais à ce qu'il y ait moins de cette demande qu’il n’y en avait auparavant, avec pour résultat une augmentation effective du chômage. Et cela, parce que si à un certain moment les vendeurs voulaient remplacer les produits qu'ils ont vendus, ils constateraient que leur capacité de le faire a été réduite, parce qu'ils auraient consommé une partie de leur capital.

Pour remplacer ce capital-là, il leur faudrait soit faire appel à des capitaux de l'extérieur ou retirer du capital qu'ils avaient eux-mêmes avancé à d'autres. De toute façon il y aura moins de capitaux disponibles quelque part dans le système économique et là où il y a moins de capital disponible, il faut que l'activité diminue. La conséquence en est qu’il y aura davantage de chômage et non pas moins. Pour que l’argent supplémentaire injecté dans le système économique sous forme de dépenses de consommation puisse remonter jusqu’au premières étapes de la production, il faut que les vendeurs s’abstiennent de consommer une part substantielle de leur chiffre d'affaires supplémentaire. Au contraire, il faut qu’ils le mettent de côté dans plus grande mesure possible.

Si le propriétaire du magasin de meubles épargne ses 1 000 de chiffre d'affaires supplémentaire et les dépense dans la production, alors il pourra « relancer l’activité » de ses fournisseurs. Et si à leur tour eux-mêmes épargnent et dépensent de façon productive la plus grande partie de leur chiffre d'affaires supplémentaires, ils pourront relancer l’activité de leurs fournisseurs, et ainsi de suite en remontant. Au passage, la demande de main-d'œuvre et de l'emploi pourrait bien augmenter. Mais tout résultat de ce genre dépendra d’un surcroît d’épargne et de dépenses de production, et non des dépenses de consommation.

Si elle s’ accompagne à toutes les étapes de la production d’une forte épargne du produit de ces ventes, une augmentation des dépenses de consommation financée par l'inflation peut servir à accroître la demande pour les biens de capital et le travail à toutes les étapes, mais ce n'est pas une raison suffisante pour recommander une tel politique. En effet, ce que celle-ci représente réellement est une tentative pour rétablir le même type de production mal orienté et gaspilleuse qui est ce qui avait conduit au départ à une récession ou à une dépression et qui crée l’apparence d'une nécessité de relancer.

On ne devrait jamais oublier que nos problèmes actuels proviennent d'un système où une quantité très importante de la production, c'est-à-dire la construction de centaines de milliers de nouvelles maisons, se faisait au bénéfice de personnes dont la production personnelle était nettement insuffisante pour leur permettre de les payer. C'est carrément une bonne chose que cette production gaspilleuse, par nature source de pertes, ait désormais pris fin. La solution aujourd’hui n’est pas de chercher à créer à sa place un autre système générateur de pertes. Un autre système en vertu duquel les producteurs vont produire des biens pour le bénéfice des gens dont la production est insuffisante pour leur permettre de payer les marchandises en question, des gens qui vont acheter leurs produits avec le « remboursement » d’ impôts qu’ils n'ont même pas seulement payés. Les problèmes engendrés par la construction de maisons pour des emprunteurs « sub-prime » ne peuvent pas se corriger en produisant aujourd'hui des biens de toutes sortes pour des consommateurs qui sont «sub-prime» à titre général. Une véritable solution exige de permettre à la production se s’orienter vers les besoins et les désirs de ceux dont la production personnelle est suffisante pour leur permettre de payer les produits des autres.


Résumé et conclusions

J'ai démontré que, contrairement aux apparences superficielles, au sens le plus littéral du mot « superficiel », les dépenses de consommation ne sont pas la principale forme de dépenses dans le système économique et que ce ne sont pas elles qui paient le revenu national ni le produit intérieur brut.

J'ai démontré que la plupart des dépenses du système économique sont en fait dissimulées sous la rubrique de l'investissement net. Si modeste, voire éventuellement négatif, que soit son montant, l'investissement net recèle la source véritable de la plupart des recettes et des dépenses de l’économie. Cette source consiste dans les dépenses de production, qui, je l'ai montré, sont des dépenses en vue de réaliser des ventes ultérieures et qui traduisent la dépense des entreprises pour les biens d'équipement de toutes sortes et pour le travail (des dépenses de consommation, en revanche, j’ai montré que ce sont des dépenses qui ne sont pas faites en vue de vendre par la suite).

Le rôle des dépenses de production demeure caché parce que l'investissement net est la différence entre celles-ci et les coûts des entreprises, ces mêmes coûts qui apparaissent dans les comptes de résultats pour le calcul des bénéfices des entreprises, et qui ne diffèrent pas énormément par leur taille desdites dépenses de production. Ainsi, il n’y a qu une très petite partie de l'ampleur et de l'importance des dépenses de production qui soit jamais révélé par la comptabilité nationale conventionnelle, de type keynésien.

J'ai démontré la présence, sous l'investissement net, des dépenses de production par le biais d'une démonstration logique étape par étape à partir de l’identité entre les bénéfices et les salaires d'une part, et de la consommation et l'investissement net de l'autre. Le moment crucial de la démonstration était la reformulation des bénéfices en tant que différence entre le chiffre d'affaires et les coûts, puis la décomposition aussi bien du chiffre d'affaires et des revenus salariaux en dépenses de production et dépenses de consommation.

J'ai appelé les produits de cette décomposition « sous-composants des revenus et dépenses » et j’ai montré comment l’identité des bénéfices plus les salaires et profits avec la consommation plus l'investissement net n’est que le résultat d’un changement dans l’ordre où l’on additionne ces sous-composants, d'un ordre fondé sur le revenu à un ordre fondé sur les dépenses.

J'ai montré, sur la base des principes élémentaires de la comptabilité d'entreprise, pourquoi les dépenses de production moins les coûts sont identiques à la somme de l'investissement net dans les immobilisations et le matériel plus l'investissement net dans les stocks.

J'ai ensuite montré pourquoi et comment les dépenses de production dépassent de loin les dépenses de consommation.

J'ai présenté le revenu national brut (RNB), comme la mesure appropriée de l'ensemble des dépenses qui constituent des paiements de revenus et recettes dans le système économique.

J'ai montré l’identité de ce RNB avec la somme des chiffres d'affaires et des salaires sur la partie gauche et avec la somme des dépenses de consommation et des dépenses de production sur la partie droite.

J'ai montré comment, en soustrayant les coûts des entreprises des chiffres d'affaires sur la gauche et ses dépenses de production sur la droite, le RNB se réduisait au revenu national sur la gauche et à la consommation plus l'investissement net sur la droite.

J'ai montré l’incapacité du PIB, à la différence du RNB, à mesurer la dépense totale.

Et finalement, j'ai exposé la différence radicale entre mon analyse et l'analyse conventionnelle, keynésienne, pour comprendre le rôle de l'épargne en tant que source de dépenses dans le système économique, et j’ai montré sa pertinence pour le prétendu plan de relance qui vient d'être imposé.


George Reisman, Ph.D. [l’un des quatre dirigés par von Mises] est l'auteur de Capitalism: A Treatise on Economics (Ottawa, Illinois: Jameson Books, 1996) et Pepperdine University Professor Emeritus of Economics. Son site web est www.capitalism.net.